En observant la tête de votre bébé, vous constatez qu’une partie arrière de celle-ci semble aplatie. Il s’agit probablement d’une plagiocéphalie, communément appelée « syndrome de la tête plate ».

Ann Thibault, physiothérapeute en pédiatrie depuis 25 ans, répond dans cet article aux nombreuses questions que peut susciter la plagiocéphalie chez des parents.

La plagiocéphalie en quelques mots

Le terme plagiocéphalie signifie littéralement « crâne plat ». Il s’agit donc d’un aplatissement unilatéral (du côté droit ou du côté gauche) de l’arrière de la boîte crânienne. En cas de plagiocéphalie sévère, on peut parfois détecter un bombement du front (du même côté que l’aplatissement), une oreille qui porte vers l’avant ou encore un œil qui semble plus petit. 

Quelles sont les causes de la plagiocéphalie ?

Le crâne d’un bébé à la particularité d’être malléable jusqu’à environ 12 mois. Cette malléabilité permet le chevauchement des os du crâne dans le passage vaginal lors de l’accouchement et favorise la croissance rapide du cerveau. Il est donc possible que le crâne subisse une déformation dans différents contextes.

Généralement, le syndrome de la tête plate apparaît dès les premières semaines de vie du nourrisson, voire dès sa naissance. 

Plagiocéphalie prénatale

Il arrive qu’une mauvaise posture dans le ventre de la mère ou qu’un enfant engagé dans le bassin à la fin de la grossesse subisse une pression sur un côté de la tête. Une déformation crânienne peut alors s’amorcer et être visible dès la naissance.

Plagiocéphalie postnatale

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’apparition de la plagiocéphalie durant les premières semaines de vie. Si vous remarquez que votre enfant :

① Tourne toujours la tête du même côté

Il peut s’agir d’un torticolis congénital, c’est-à-dire d’un raccourcissement des muscles du cou qui entraîne la rotation de la tête d’un seul côté. L’enfant qui a un torticolis a généralement tendance à avoir le visage toujours tourné du même côté ce qui explique la pression prolongée sur ce côté du crâne.

② Bouge peu et préfère rester en position couchée

L’aplatissement est probablement dû à une position prolongée sur le dos. De longues périodes passées au lit, sur le tapis d’éveil, dans un transat ou dans un siège d’auto infligent une pression à une partie de la tête, ce qui pourrait favoriser une déformation. 

Le saviez-vous ?

Depuis les 15 dernières années, le nombre de bébés ayant une plagiocéphalie a considérablement augmenté. La campagne de sensibilisation menée par Santé Canada à la fin des années 1990, qui préconisait le « dodo sur le dos * » pour plus de sécurité, a probablement eu une incidence considérable sur cette hausse de cas.

*En 1999, Santé Canada a lancé une campagne pour lutter contre le syndrome de mort subite du nourrisson. Désormais, la recommandation est de faire dormir les bébés sur le dos pour diminuer le risque de mort inattendue.

Quelles sont les conséquences de la plagiocéphalie pour mon bébé ?

Outre le côté esthétique, il n’y a aucune conséquence sur la santé de l’enfant. Comme il n’y a aucune pression sur le cerveau, il n’y a pas d’atteinte cognitive possible ni de douleurs associées à la plagiocéphalie. Si une douleur est ressentie, elle serait plutôt musculaire en cas de torticolis.

Toutefois, si les causes de la plagiocéphalie ne sont pas traitées en bas âge, l’enfant risque d’adopter des postures asymétriques et de manquer de fluidité dans ses transferts de position et ses déplacements au sol. Par exemple, un bébé qui a très tôt une plagiocéphalie va toujours se positionner du même côté et négliger l’autre. Cela aura une incidence sur sa coordination puisqu’il aura tendance à développer ses habiletés d’un seul côté. Ainsi, il rampera en utilisant seulement le bras ou la jambe droite et, plus tard, il se mettra debout en utilisant seulement cette même jambe, etc.

Une prise en charge tardive (après 9 mois) augmente non seulement la durée du traitement, mais aggrave aussi la plagiocéphalie et les autres problématiques.

Plagiocéphalie : bébé

Que faire si je constate que mon bébé a la tête plate ?

Il est important avant tout d’en déterminer les causes. En discutant de la situation avec votre médecin, celui-ci pourrait vous suggérer de consulter un physiothérapeute en pédiatrie pour avoir des conseils. Sachez qu’il est toujours possible de consulter directement un physiothérapeute et que l’intervention précoce réduit la durée du suivi et prévient généralement les asymétries posturales et l’impact sur le développement moteur de l’enfant. En attendant, si vous constatez qu’une partie du crâne de votre bébé est aplatie, essayez aussitôt de stimuler la rotation active et passive du côté où l’enfant tourne moins et variez les positions d’éveil et de sommeil pour avoir le moins possible de pression sur le côté de la plagiocéphalie.

Une consultation en physiothérapie pourrait s’avérer très bénéfique pour le traitement de la plagiocéphalie de votre enfant.

Quelques astuces pour prévenir la plagiocéphalie ou éviter qu’elle ne s’accentue

Pour le sommeil

Installer un surmatelas de type « coquille d’œuf » (éviter la mousse mémoire qui est trop molle) pour ramollir la surface du parc ou du berceau (le recouvrir d’un couvre-matelas). Lorsque l’enfant commencera à se retourner tout seul, on peut retirer le surmatelas (pas de surface molle pour le dodo sur le ventre). En effet, la Société canadienne des pédiatres recommande le « dodo sur le dos » jusqu’à ce que l’enfant soit capable de rouler sur le ventre seul. À ce moment, il n’est plus nécessaire de le retourner sur le dos, car il a acquis suffisamment de contrôle de sa tête pour rendre le sommeil ventral sécuritaire.

Pour les périodes d’éveil

Il est recommandé de mettre le bébé sur le ventre (sous supervision) quelques fois par jour ainsi que de le placer, soutenu par un oreiller dans le dos, sur le côté opposé à la plagiocéphalie pendant des périodes de dix minutes, trois à quatre fois par jour (toujours sous supervision).

Dans sa balançoire, placez un petit rouleau sur lequel l’enfant posera sa tête pour qu’elle soit mieux centrée et pour l’inciter à tourner le visage du côté opposé à la plagiocéphalie.

Pour les périodes de jeux

De temps en temps, il est suggéré de placer devant lui un petit jouet pour le stimuler à tourner la tête du côté opposé à la plagiocéphalie.

Pour les déplacements

Il est recommandé d’éviter d’utiliser le siège auto pour autre chose que les déplacements en voiture. Toutefois, si vous devez utiliser la coquille à l’extérieur (sur le panier d’épicerie par exemple), assurez-vous que l’enfant maintient une posture droite en plaçant un rouleau sur le côté du corps.

Par ailleurs, il est recommandé de favoriser les déplacements en poussette en dehors du siège de voiture. Il est suggéré de placer l’enfant de côté, directement dans la poussette, avec un petit rouleau dans le dos (en supervision directe) afin d’éliminer la pression sur le côté atteint.

La clé du succès est d’éviter les surfaces fermes et d’éliminer toute pression sur le côté aplati tout en mettant de la pression sur le côté opposé à la plagiocéphalie.

IMPORTANT : Il n’est pas recommandé de mettre des coussins ou des rouleaux dans le lit d’un enfant sans supervision.

Pour en savoir plus

Mme Ann Thibault a obtenu sa maîtrise en pédiatrie en 1992, soit quatre ans après l’obtention de son diplôme en physiothérapie. Elle travaille depuis auprès de la clientèle pédiatrique. Depuis maintenant 10 ans, elle est clinicienne à la clinique de réadaptation pour enfants de Longueuil. Elle enseigne également aux physiothérapeutes intéressés par l’évaluation de la clientèle atteinte de paralysie cérébrale. À l’occasion, elle fait aussi des interventions en garderie afin de renseigner les éducatrices sur le développement moteur des enfants.

Veuillez noter que les informations proposées dans cet article représentent les opinions de professionnels de la physiothérapie reconnus pour leur expérience et leurs compétences dans le domaine. Ces propos ne doivent cependant pas être considérés comme une position officielle de l’Ordre sur un sujet donné. Si vous souhaitez participer à la réalisation d’un de nos prochains articles de blogue, nous vous invitons à nous écrire à communications@oppq.qc.ca.