La physiothérapie et la danse : une aide précieuse pour les enfants atteints de maladies chroniques

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par Mélissa Martel, physiothérapeute

La physiothérapie et la danse

La physiothérapie et la danse – Freeimages.com

 

Quel peut être le lien entre la physiothérapie et la danse ? La danse peut-elle être un moyen d’aider à soigner certains patients, comme les personnes atteintes de maladies chroniques ? C’est ce que Mélissa Martel, physiothérapeute, a expérimenté dans un projet pilote dont le but était de tester les effets et les avantages de la création d’un groupe de danse adaptée à des enfants souffrant de maladies neuromusculaires.

L’article d’aujourd’hui vous propose donc de découvrir le témoignage de cette professionnelle passionnée qui relate son expérience de l’utilisation de la danse pour aider les enfants atteints de maladie chronique[1].

L’activité physique et les jeunes atteints de maladies chroniques

Lorsqu’on travaille avec des personnes atteintes de maladies chroniques, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes, la réalisation d’une activité sportive reste un défi, et ce, quelles que soient les ressources disponibles. Les jeunes vivant avec une maladie neuromusculaire ne font pas exception à cette règle. Pourtant, lorsqu’on les questionne, leur intérêt pour le sport est bien réel, mais il demeure difficile à concrétiser.

En effet, ces jeunes présentent des faiblesses musculaires qui limitent les mouvements de grande amplitude et les changements de position. De plus, leur endurance étant généralement limitée, des pauses assises ou l’adaptation du mouvement peuvent être nécessaires afin de limiter la fatigue. Les jeunes doivent vivre avec des pertes de fonction et, par conséquent, des deuils fréquents, d’où l’importance de les intégrer dans une activité sportive qui leur permet de vivre des réussites et qui favorise un sentiment d’accomplissement.

Pourquoi la danse ?

La danse est de plus en plus utilisée à des fins thérapeutiques. On trouve d’ailleurs de nombreuses preuves scientifiques de son efficacité chez les personnes âgées tant sur le plan physique que sur le plan cognitif. Cependant, très peu de données sont disponibles pour appuyer son utilisation chez les enfants.

Avec une clientèle pédiatrique atteinte de maladies évolutives, nous devons faire preuve de beaucoup d’imagination afin de rendre les thérapies intéressantes et variées pour maintenir l’intérêt des jeunes. En effet, ces jeunes seront suivis en réadaptation pendant une longue période et la plupart d’entre eux auront à se soumettre à des thérapies à intervalles réguliers jusqu’à l’âge de 18 ans.

Ayant constaté la difficulté des jeunes à s’intégrer dans une activité sportive et l’intérêt marqué de plusieurs d’entre eux pour la danse, je me suis questionnée sur l’efficacité de la danse adaptée comme thérapie. J’y ai vu une manière différente d’aborder la physiothérapie, avec des objectifs thérapeutiques similaires, mais qui favorise également une approche ludique et globale permettant d’obtenir des effets sur le plan moteur tout en poursuivant des objectifs de socialisation, de conscience et d’expression corporelle, d’amélioration de l’estime de soi, de créativité et de collaboration en groupe.

Mon projet

À l’été 2014, trois jeunes filles, âgées de 8 à 10 ans, atteintes de maladies neuromusculaires variées, ont accepté de participer à un projet pilote consistant à tester la pertinence de la mise en place d’un groupe de danse adaptée aux maladies neuromusculaires et à en documenter l’efficacité. Elles ont alors suivi 24 cours de danse à raison de deux cours par semaine durant 12 semaines.

Ces cours comportaient une période d’échauffement, des ateliers portant sur différentes thématiques liées à la danse (l’espace, le temps, etc.), des enchaînements dansés visant principalement des objectifs de renforcement et d’équilibre, des chorégraphies créées en groupe et des étirements variés.

À la fin du projet, un spectacle a été présenté aux parents, amis et intervenants engagés auprès de ces jeunes.

La physiothérapie et la danse - séance

Source : photo par Mélissa Martel

La physiothérapie et la danse : des résultats encourageants

Des tests d’équilibre, de force ou encore de souplesse musculaires ont été effectués avec chacune des jeunes filles avant et après le projet. J’ai alors pu constater des améliorations significatives sur le plan de la force musculaire (hanche et fléchisseur plantaire) ainsi qu’en matière d’équilibre et de la souplesse.

Cependant, il est important de mentionner que vu le peu de sujets étudiés durant ce projet, d’autres études seront nécessaires pour confirmer les résultats obtenus.

D’autres impacts connexes et non négligeables ont été observés. En effet, l’expérience a permis aux jeunes de se lier socialement et elle a également facilité les échanges entre les parents qui ont apprécié cette occasion de discuter avec des familles aux prises avec des difficultés semblables aux leurs.

Aussi, le jour du spectacle, l’excitation et le sentiment de fierté étaient palpables autant chez les parents que chez les jeunes filles. Pour chacune d’elles, il s’agissait d’une toute première expérience d’activité sportive, d’un premier spectacle, mais, surtout, d’une première occasion de démontrer ses capacités à son entourage, de s’accomplir comme jeune sportive et de faire partie intégrante d’un groupe.

La suite…

Étant donné les résultats prometteurs et l’intérêt marqué des jeunes, un deuxième volet a été développé et est en cours de réalisation. Ce second projet propose d’évaluer les effets moteurs, mais aussi les effets cognitifs et psychosociaux d’un entraînement de danse adaptée.

Finalement, je crois que le projet de danse adaptée m’a permis de réaliser que la physiothérapie peut être telle qu’on l’imagine; elle peut être amusante, pertinente et signifiante pour le jeune. Elle peut représenter l’accomplissement de soi, l’intégration, le plaisir, la réussite…

[1] Ce contenu est directement inspiré de l’article « La danse adaptée chez des jeunes atteints de maladies neuromusculaires : un projet pilote, une expérience… » paru dans l’édition Printemps-Été 2015 de la Revue Physio-Québec.


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