Il s’agit souvent d’un fait méconnu, mais le déclenchement de la Première, puis de la Deuxième Guerre mondiale a fortement contribué à démontrer l’efficacité des interventions en physiothérapie et à faire reconnaître cette discipline dans le milieu de la santé.

Au cours des deux conflits, la physiothérapie est devenue indispensable pour des milliers de militaires ayant besoin d’assistance pour retrouver leur mobilité entière ou partielle à la suite de fractures, d’amputation de membres ou de toute autre blessure ou intervention importante.

Encore peu connus au Canada, les physiothérapeutes faisaient partie, à l’époque, du Corps de santé royal canadien, formé entre autres de médecins et d’infirmières dont le mandat était de fournir des soins aux troupes pendant la guerre.

Tandis que la physiothérapie se révèle fort précieuse pour ces milliers de blessés et d’handicapés de guerre, les physiothérapeutes obtiennent un statut professionnel et un rang d’officier équivalent à celui d’infirmières militaires dès la Deuxième Guerre mondiale.

Au fil des années, la profession s’est grandement développée. Ainsi, le Québec inaugurait en 1943 son premier programme universitaire dans le domaine. Aujourd’hui, la formation est de niveau maîtrise.

Si la physiothérapie est devenue indissociable de l’offre de soins offerts à la population en général, elle continue aussi d’occuper une place importante dans les équipes de santé formées pour intervenir auprès des militaires.

Enid Gordon Graham est généralement considérée comme la fondatrice de la physiothérapie au Canada. Inspirée par sa vision d’unifier les domaines du massage et de la gymnastique corrective, elle a joué un rôle essentiel dans la création de lAssociation canadienne de physiothérapie en 1920. Source: Gouvernement du Canada

Exercer la physiothérapie dans l’armée

Actuellement, près de 100 professionnels de la physiothérapie travaillent dans plus de 20 bases militaires canadiennes à l’intérieur de centres de santé ou de cliniques. Au Québec, la base de Valcartier est une base opérationnelle qui dessert une population permanente et transitoire d’environ 9 660 militaires.

Mme Anny Fredette fait partie de ces physiothérapeutes militaires qui pratiquent au sein des Forces armées canadiennes. C’est du Centre de santé de Valcartier, où elle exerce à titre de chef de service de réadaptation, qu’elle nous explique le rôle de son équipe.

Rôle des équipes de physiothérapie au Canada

Les équipes de réadaptation ont le mandat de répondre aux besoins en matière de traitement et de prévention de troubles orthopédiques, cardiorespiratoires ou neuromusculosquelettiques et de diverses blessures sportives.

De façon générale, le physiothérapeute militaire travaille à augmenter et à maintenir les capacités opérationnelles des militaires. Il veille notamment:

  • à la prévention des blessures, notamment par l’éducation;
  • à l’évaluation et au traitement des blessures;
  • à l’établissement de plans de traitement.

Rôle de la physiothérapie en mission

Lors d’un déploiement à l’étranger, le travail du physiothérapeute militaire reste essentiel sur le terrain. En plus d’évaluer et de traiter les blessures, il contribue directement au maintien de la capacité opérationnelle des soldats tout en appuyant le travail des autres membres de l’équipe des services de santé.

Pour bien s’acquitter de son travail, il est impératif qu’un physiothérapeute militaire comprenne les tâches quotidiennes associées à chaque corps de métier et les obstacles potentiels à la récupération propres à chacun d’eux. Par exemple, le soldat qui combat sur terre n’aura pas le même type de blessure qu’un pilote de l’air et leurs préoccupations en matière de récupération seront différentes selon leur condition.

Bon à savoir

Même s’il ne prend pas part au combat, le physiothérapeute militaire doit être en mesure de se défendre si son convoi est attaqué. C’est pourquoi il suit un entraînement et prend part aux exercices.

Physiothérapie dans l’armée: les blessures caractéristiques de la clientèle militaire

Bien qu’il soit difficile de faire le profil des blessures des militaires, il est connu que les plus fréquentes se situent au niveau des chevilles, des genoux, des épaules ainsi que dans les régions cervicales et lombaires. Les traumatismes crâniens légers sont également de plus en plus fréquents. Aussi, notons que ces blessures varient d’une base d’armée à l’autre.

Même si certaines blessures surviennent en exercice, de nombreuses lésions apparaissent parallèlement, à la suite d’une participation à des programmes d’entraînement physique et de sport visant à améliorer la condition physique.

Blessés, mais pas démotivés

Mme Fredette souligne d’un ton positif que la clientèle militaire possède une véritable force de caractère. Pour la plupart, les militaires sont de jeunes soldats en forme, désireux de maintenir un niveau élevé de capacités physiques afin de pouvoir participer aux exercices et d’être déployés sur le terrain. Ce qui les distingue principalement, c’est qu’en cas de blessures, ils sont très motivés à récupérer leur mobilité. Ils participent donc activement à leur réadaptation afin de reprendre leur travail rapidement et de retrouver leurs collègues en mission. 

Mme Anny Fredette obtient son diplôme en physiothérapie en 1998. Elle pratique deux ans en clinique privée et deux ans à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), avant d’entamer le processus pour devenir physiothérapeute au sein des Forces armées canadiennes (FAC). En 2004, elle s’enrôle officiellement dans les FAC et en 2012 elle reçoit le grade de major.

Veuillez noter que les informations proposées dans cet article représentent les opinions de professionnels de la physiothérapie reconnus pour leur expérience et leurs compétences dans le domaine. Ces propos ne doivent cependant pas être considérés comme une position officielle de l’Ordre sur un sujet donné. Si vous souhaitez participer à la réalisation d’un de nos prochains articles de blogue, nous vous invitons à nous écrire à communications@oppq.qc.ca.