Multiples effets positifs de l’entraînement en force chez les femmes atteintes de dystrophie myotonique de type 1

Laura Girard-Côté, pht, M. Sc., étudiante au doctorat1,2, récipiendaire d’une bourse de maîtrise – concours OPPQ 2022

Date de mise en ligne : 2025

La dystrophie myotonique de type 1 (DM1) est la forme la plus courante de dystrophie musculaire adulte, caractérisée par une atteinte multisystémique et une progression lente des symptômes(1). La faiblesse musculaire est un symptôme cardinal en DM1 et il a été démontré que la perte de force musculaire maximale isométrique (FMMI) varie entre 24,5 % et 52,8 % sur une période de 9 ans, selon le groupe musculaire(1, 2). Une étude menée chez des hommes atteints de DM1 a démontré des gains significatifs à l’égard de la force des membres inférieurs, de la mobilité fonctionnelle et de la santé neuropsychiatrique à la suite d’un programme d’entraînement en force de 12 semaines(3, 4). Cette étude a aussi identifié des adaptations au niveau de la taille des fibres musculaires(3-7). Cependant, la présentation clinique varie entre les sexes en DM1(8) et les effets de l’entraînement demeuraient inconnus chez les femmes.

L’objectif de notre étude était d’évaluer les effets à court et moyen terme d’un programme d’entraînement supervisé de 12 semaines visant le renforcement des membres inférieurs chez des femmes atteintes de DM1 sur : la FMMI, la fonction physique, la santé neuropsychiatrique et la taille des fibres musculaires.

Nous avons recruté des femmes atteintes de DM1 qui ont réalisé le programme d’entraînement en force, lequel a été réalisé 2 fois par semaine. Les membres inférieurs ont été entraînés avec une combinaison d’appareils: extension des genoux, leg press, abduction des hanches, ainsi que squat et flexion plantaire avec barre guidée (Figure 1).

Figure 1 : Exercices au programme d’entraînement

Les paramètres d’entraînement ont été établis selon les recommandations de la National Strength and Conditioning Association : 3 séries de 6 à 8 répétitions maximales, avec une progression des charges. La collecte de données a comporté cinq temps de mesures pour évaluer les effets du programme d’entraînement et le maintien des gains (Figure 2).

Figure 2 : Méthodologie et variables à l’étude

Plusieurs variables étaient à l’étude: la force musculaire, les capacités fonctionnelles, la santé neuropsychiatrique, la taille des fibres musculaires du vaste latéral ainsi que la fréquence des chutes, la fonction des membres inférieurs, les activités et la douleur (Figure 2). De plus, toutes les participantes ont été invitées à prendre part à un groupe de discussion, lequel a été conduit sous forme d’entrevue semi-dirigée après la complétion de l’intervention.

Onze participantes ont complété le programme (taux de participation : 98,5 %). La FMMI des extenseurs de la hanche et du genou (p ≤ 0,006), toutes les mesures de 1-RM (p ≤ 0,01), la fonction des membres inférieurs autorapportée à l’échelle fonctionnelle des membres inférieurs (EFMI; p = 0,003), l’apathie (p = 0,0005), le score de dépression à l’échelle Hospital anxiety and depression scale (HADS; p = 0,02) et l’interférence de la douleur au Brief pain inventory (BPI; p= 0,01) se sont améliorés après l’intervention. La FMMI des extenseurs de la hanche, le 1-RM des squats, la fonction des membres inférieurs autorapportée au EFMI, le score de dépression et l’interférence de la douleur ont été maintenus jusqu’au neuvième mois (p ≥ 0,05). De plus, la taille des fibres musculaires a augmenté de 9 % immédiatement après le programme d’entraînement (p = 0,017).

Lors du groupe de discussion, les participantes ont mentionné plusieurs bénéfices de l’entraînement, notamment en ce qui concerne la force et l’endurance de leurs membres inférieurs, les capacités physiques reliées à la mobilité (monter des marches, marcher sur des plans inclinés), la confiance en soi, l’équilibre, le niveau d’énergie et l’humeur. Lors des rencontres de suivi, jusqu’à 38 % des participants avaient intégré l’activité physique à leur quotidien.

Étant donné l’absence de thérapie pour ralentir la DM1, cette étude de réadaptation ouvre des perspectives pour le développement de traitements efficaces, contribuant à atténuer la progression de la maladie et à améliorer la qualité de vie des individus atteints. Une analyse approfondie des biopsies musculaires permettra d’explorer les adaptations physiologiques à l’entraînement chez les femmes atteintes de DM1.

En conclusion, cette étude valorisera les professions en physiothérapie en améliorant les thérapies non pharmacologiques potentielles ou en permettant de considérer ces dernières comme un adjuvant aux thérapies pharmacologiques, renforçant ainsi leur importance dans la prise en charge globale de la maladie. Les détails du programme d’entraînement sont disponibles dans une vidéo destinée aux professionnels travaillant avec cette population (code QR).

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Pour en savoir plus

Laura Girard-Côté, Benjamin Gallais, Cynthia Gagnon, Marie-Pier Roussel, Marika Morin, Luc J. Hébert, Darren Monckton, Jean-Philippe Leduc-Gaudet, Gilles Gouspillou, Vincent Marcangeli, Elise Duchesne, Resistance training in women with myotonic dystrophy type 1 : a multisystemic therapeutic avenue, Neuromuscular Disorders, Volume 40, 2024, Pages 38-51, ISSN 0960-8966, https://doi.org/10.1016/j.nmd.2024.05.009.

Références

  1. Harper, P., Myotonic dystrophy. 2009: OUP Oxford.
  2. Gagnon, C., et al., A 9-year follow-up study of quantitative muscle strength changes in myotonic dystrophy type 1. J Neurol, 2018. 265(7): p. 1698-1705.
  3. Roussel, M.P., L.J. Hebert, and E. Duchesne, Strength-training effectively alleviates skeletal muscle impairments in myotonic dystrophy type 1. Neuromuscul Disord, 2020. 30(4): p. 283-293.
  4. Gallais, B., et al., Impact of a 12-week Strength Training Program on Fatigue, Daytime Sleepiness, and Apathy in Men with Myotonic Dystrophy Type 1. J Neuromuscul Dis, 2022. 9(5): p. 629-639.
  5. Aoussim, A., et al., Towards the Identification of Biomarkers for Muscle Function Improvement in Myotonic Dystrophy Type 1. J Neuromuscul Dis, 2023.
  6. Di Leo, V., et al., Resistance Exercise Training Rescues Mitochondrial Dysfunction in Skeletal Muscle of Patients with Myotonic Dystrophy Type 1. J Neuromuscul Dis, 2023.
  7. Davey, E.E., et al., Individual transcriptomic response to strength training for myotonic dystrophy type 1 patients. JCI Insight, 2023.
  8. Dogan, C., et al., Gender as a Modifying Factor Influencing Myotonic Dystrophy Type 1 Phenotype Severity and Mortality: A Nationwide Multiple Databases Cross-Sectional Observational Study. PloS one, 2016. 11(2): p. e0148264.

Auteure

Laura Girard-Côté, pht, M. Sc., étudiante au doctorat1, 2, récipiendaire d’une bourse de maîtrise – concours OPPQ 2022

  1. École des sciences de la réadaptation, Faculté de médecine, Université Laval, Québec, Canada
  2. Groupe de recherche interdisciplinaire sur les maladies neuromusculaires (GRIMN), Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Jonquière, Québec, Canada
Laura Girard-Côté

 

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