Expérience humanitaire
M.Kelly

Par M. Michel Kelly, pht
Clinique de physiothérapie, Trois-Pistoles

PREMIERS PAS SUR LE TERRAIN POUR PHYSIOTHÉRAPEUTE SANS FRONTIÈRES

Le 17 mai dernier, Michel Kelly, physiothérapeute, s’envolait avec sa conjointe pour Moshi, en Tanzanie, une ville située à quelques kilomètres du mont Kilimandjaro, afin d’y réaliser la première mission humanitaire de Physiothérapie sans frontières (PSF)[1]. Il s’agissait d’une mission exploratoire qui a conduit à la visite de sept hôpitaux ainsi que de la seule école de physiothérapie de toute la Tanzanie (45 millions d’habitants). Tous les projets de PSF seront réalisés avec la collaboration de Terre sans frontières (TSF). Depuis plusieurs années, TSF collabore avec de nombreux professionnels afin de mener des projets humanitaires en Afrique, en Amérique latine, en Haïti et aux Philippines. M. Kelly livre ici un bref compte-rendu de son expérience.

M.Kelly_TanzanieLes objectifs de notre mission étaient, entre autres, d’évaluer la place de la physiothérapie dans les établissements de santé; de définir le rôle des futurs coopérants pht et T.R.P.; de cibler les types d’interventions pour une mission de courte durée (de trois à quatre semaines); et de déterminer quels services pourraient être offerts (soins, formation et sensibilisation).

La ville de Moshi a été retenue pour cette mission, car elle accueille l’unique école de physiothérapie de toute la Tanzanie. Celle-ci est adjacente au Kilimandjaro Christian Medical Center (K.C.M.C.), un hôpital central où les étudiants font leurs stages.

Depuis 2009, la formation en physiothérapie est d’une durée de quatre ans (trois ans auparavant). Sur seulement 25 étudiants admis en première année, environ 18 complètent le programme. La Tanzanie compte 350 physiothérapeutes en 2013. Ceux-ci peuvent prescrire tous les médicaments jugés nécessaires dans le cadre de leur pratique ainsi que des radiographies. Ils sont perçus par les médecins comme des collègues de première ligne et il existe une très grande collaboration entre médecins et physiothérapeutes. Il est intéressant de noter que 80 % des physiothérapeutes sont des femmes.

À ce jour, il n’existe en Tanzanie aucune organisation qui pourrait ressembler à un ordre professionnel. Tous les physiothérapeutes rencontrés, ainsi que les hauts dirigeants de chacun des établissements, sont unanimes à dire que le besoin le plus urgentest la mise à jour des connaissances, voire l’apprentissage d’autres façons d’évaluer et de soigner adéquatement les patients.

Nous avons pu constater l’urgence des besoins en formation continue pour tout ce qui touche l’électrothérapie, y compris la nécessité d’équiper les locaux d’appareils en bonne condition. Il faut dire aussi que l’équipement de physiothérapie est on ne peut plus limité : tables de traitement très rudimentaires, matelas au sol, petit bureau pour consigner les notes.

Selon nous, il est très urgent que PSF se penche dès maintenant sur la recherche d’équipement de mesure pour l’évaluation et d’appareils d’électrothérapie comme complément aux moyens actuels. D’autre part, les physiothérapeutes du Québec qui ont développé une expertise clinique spécifique, tant en ce qui concerne l’évaluation que le plan de traitement, sont invités à partager leurs connaissances avec des collègues d’autres pays qui en ont bien besoin par l’entremise de l’action humanitaire bénévole. Pour ce faire, il vous suffit de communiquer avec Mme Annie Durand de TSF[2]. Pour ma part, je serai toujours disponible pour répondre à des questions spécifiques selon vos centres d’intérêt[3]. De plus, un rapport complet de notre séjour a été acheminé à TSF.

Sur le plan humain, de tous les voyages que nous avons faits dans le monde depuis plus de 15 ans, c’est celui dont nous sommes ressortis le plus grandis. Jamais nous n’oublierons ces moments de partage où nous avons pu en apprendre plus sur le peuple tanzanien, sur ses rêves, ses incertitudes quant à son avenir et sur son pays en général. Il nous sera difficile d’effacer de notre mémoire le sourire franc des enfants rencontrés ici et là au hasard de nos balades dans différents villages. Bref, impossible d’oublier qu’on ne cultive pas seulement le café et le maïs dans ce pays, mais aussi la bonté, la générosité et surtout l’espoir.


[1] Pour en savoir plus, consultez le site www.physiotherapiesansfrontieres.ca