Entrevue de Lucie Forget

S51087S1206059_p_13Mme LUCIE FORGET PARTAGE QUELQUES RÉFLÉXIONS ISSUES DE L’EXPÉRIENCE UNIQUE QU’ELLE A VÉCUE À LA PRÉSIDENCE DE L’OPPQ AU COURS DES SIX DERNIÈRES ANNÉES.

Quelle est votre plus grande satisfaction comme présidente au moment où se termine votre deuxième mandat ?

Ce qui me rend le plus fière de mon passage à la présidence de l’OPPQ, c’est la conviction d’avoir bien fait mon travail. L’ensemble des programmes, des processus et des services de l’Ordre ont été modernisés et adaptés aux besoins réels des membres et des futurs membres. Le conseil d’administration (CA) a réussi à prendre des décisions éclairées, parfois difficiles, mais qui étaient toutes nécessaires pour le bien des patients, des physiothérapeutes et des thérapeutes en réadaptation physique. Tous les éléments de notre ambitieuse planification stratégique 2010-2015 ont fait l’objet de travaux et la plupart ont trouvé une conclusion positive.

La création de notre comité de gouvernance, outil incontournable en 2014 pour assurer une saine gestion des affaires de l’Ordre, est aussi une de mes grandes fiertés. C’est ce comité qui a implanté une culture d’évaluation au sein du CA et qui a clarifié les rôles de chacun. Il a maintenant comme mission de créer des outils et de mettre en place des mécanismes pour s’assurer que le CA fasse toujours son travail et respecte en tous points son mandat.

Quel est, selon vous, l’aspect le moins bien connu des membres concernant le travail au quotidien à la présidence ?

Je dirais tout l’engagement nécessaire en matière de réglementation professionnelle. L’OPPQ est un organisme dont le but premier est de protéger le public par la réglementation de la pratique des professions. Un haut pourcentage des heures de travail de la présidence est consacré aux discussions et au partage d’information avec plusieurs chercheurs et praticiens en matière de réglementation au Québec, au Canada et à l’échelle internationale.

Grâce à ce travail, nous avons pu faire bénéficier à l’OPPQ les résultats de la recherche, les données probantes et les meilleures pratiques de réglementation à l’échelle mondiale. Nous avons pu ainsi valider au cours des années les assises théoriques utilisées par l’OPPQ dans le virage nécessaire que nous avons pris dans l’ensemble de nos mécanismes de contrôle : inspection professionnelle, formation continue et admission. J’ai expliqué ces changements aux membres tout au long des années pour qu’ils comprennent que notre système professionnel québécois repose sur un principe de base, soit l’autoréglementation ou l’autogestion par les pairs[1]. Chaque membre est donc le premier responsable du maintien de sa compétence tout au long de sa vie professionnelle. Il est le seul à réellement pouvoir entrer en action chaque fois que c’est nécessaire. L’inspection professionnelle et la Politique d’amélioration continue de la compétence (PACC) constituent des outils qui le soutiennent. En six ans, l’OPPQ est devenu à son tour un modèle et un leader en réglementation.

À votre avis, quel est le plus grand défi de la personne qui assume la présidence ?

Le plus grand défi est sans aucun doute d’abattre son travail malgré la difficulté à faire comprendre aux membres le mandat réel de l’OPPQ.

Un ordre professionnel peut faire la promotion de la ou des professions qu’il réglemente et du travail des professionnels qui exercent cette ou ces professions. Mais cette promotion est subordonnée au mandat principal de protection du public, dans son sens large. Les membres de l’OPPQ, à l’instar des membres de tous les ordres professionnels, ont une certaine incompréhension de cette situation et cela va même jusqu’à la frustration. Pourtant, quand un ordre doit faire un choix, la réalité, c’est que le côté réglementaire doit primer.

Y a-t-il un message particulier que vous souhaitez livrer aux membres ?

Les membres de l’OPPQ doivent comprendre à quel point les divisions internes nuisent à la réputation de l’OPPQ sur le plan politique. Quand je parle de division, je ne fais pas référence seulement à la situation entourant l’intégration des T.R.P. Notre profession est remplie de leaders, qui excellent chacun dans leur domaine : chercheurs, enseignants, gestionnaires, cliniciens, experts, etc. Il faut que ces leaders se rallient de façon stratégique parce que seule l’union des forces existantes en physiothérapie rendra possible la réalisation de nos aspirations. Nous avons tous un but commun, au-delà de l’avancement de nos professions. C’est la reconnaissance par les hautes sphères du pouvoir politique et économique que la physiothérapie est un service essentiel pour tous les Québécois.

J’aimerais aussi ajouter que le travail de collaboration avec l’Office des professions du Québec est essentiel aux travaux d’un ordre puisque c’est celui-ci qui décide de ses priorités en matière de traitement de dossiers.

Durant les deux dernières années, j’ai été administratrice au comité exécutif du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) où j’ai pu constater que l’OPPQ est devenu un exemple pour ses pairs. Des dizaines de présidents ou directeurs généraux nous interpellent pour connaître nos nouvelles façons de faire, nos processus, notre expérience. Le directeur général et secrétaire de l’Ordre, Me Laurent, et moi-même avons fréquemment été interpellés pour faire des présentations ou siéger à des comités du CIQ ou de l’Office. Pour pouvoir changer les choses, il faut être assis à la table avec les décideurs. Mais ce sont eux qui nous y invitent !

Qu’est-ce que vous souhaitez à l’OPPQ pour l’avenir ?

Je nous souhaite beaucoup de passion et de courage dans la prise en compte des réalités du 21e siècle pour les grandes décisions que nous avons à prendre et les dossiers qui nous tiennent à cœur. Merci à tous les membres et toutes les personnes qui m’ont épaulée tout au long des dernières années. 


[1] Pour en savoir plus à ce sujet, consulter le site Web du Conseil interprofessionnel du Québec.