Expérience d'intradisciplinarité

DES INITIATIVES PERMETTENT À DES ÉTUDIANTS DE DÉCOUVRIR LE CONCEPT D’INTRADISCIPLINARITÉ

En raison de l’importance pour nos professions de la collaboration intradisciplinaire, divers milieux ont mis en place au fil des années des outils pour concrétiser une telle collaboration. De leur côté, plusieurs maisons d’enseignement collégial et universitaire ont organisé des activités pédagogiques qui permettent aux finissants universitaires de partager avec leurs collègues finissants du niveau collégial les notions de base sur les différences entre leurs formations respectives. Ainsi, ces rencontres sont l’occasion d’échanger sur des moyens concrets de travailler en intradisciplinarité.   

Voyez dans les articles suivants comment des milieux d’enseignement ont fait de l’intradisciplinarité une réalité enseignée et vécue au quotidien.  

L’exemple du Cégep Marie-Victorin et de l’Université de Montréal

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Par Chantal Besner, physiothérapeute
Directrice de l’enseignement clinique et adjointe au programme de physiothérapie École de réadaptation, Université de Montréal

Anaïs Goulet, physiothérapeute 
Responsable de la coordination du département de Techniques de réadaptation physique Cégep Marie-Victorin

 

 

 

À l’automne 2012, le département de Techniques de réadaptation physique du Cégep Marie-Victorin et le programme de physiothérapie de l’Université de Montréal ont mis sur pied une activité conjointe. Cette formation récurrente, qui s’insère dans le cadre des deux programmes de formation, favorise des échanges enrichissants entre les enseignants et les étudiants. Chaque année, l’activité est planifiée et organisée en tenant compte du cursus et des horaires des deux programmes. Elle compte plus de 140 participants annuellement. 

Sous forme d’un atelier de collaboration intradisciplinaire d’une demi-journée, les étudiants finissants des deux programmes se rencontrent en petits groupes pour discuter des observations portant sur certains cas et répondre à des questions. Cet exercice leur permet de s’approprier le cadre légal de l’article 4 du Règlement 94m. L’objectif de cet atelier est d’expérimenter la collaboration en intradisciplinarité telle qu’ils la vivront sur le marché du travail. 

Un exemple de question

Un patient, dont la condition s’est nettement améliorée, a recommencé à jouer au hockey. Seule une légère douleur occasionnelle à l’EIPS gauche persiste. Quel(s) intervenant(s) en physiothérapie est (sont) en mesure de décider quand terminer le traitement de ce patient orthopédique ? 

Cette activité amène les étudiants à mieux comprendre les rôles et responsabilités de chacun ainsi que leur champ de pratique dans un contexte donné. C’est aussi une occasion pour eux de commencer à se créer un réseau en tant que futurs professionnels de la santé. 

La majorité des étudiants universitaires en physiothérapie mentionnent que les discussions avec leurs collègues du collégial permettent de mieux comprendre l’application du règlement et ses répercussions sur le travail en intradisciplinarité. Les étudiants du cégep, pour leur part, sont heureux de pouvoir interagir concrètement avec leurs futurs collègues et s’entendent pour dire que ce type d’atelier est essentiel dans une formation comme la leur. 

La deuxième édition de cet atelier, qui a eu lieu le 30 octobre 2013, a aussi été très appréciée des étudiants. Plusieurs ont souligné la pertinence de tenir ce type de rencontre qui favorise des discussions enrichissantes et provoque de judicieux questionnements en vue d’une éventuelle collaboration. De plus, les discussions leur ont permis de mieux s’approprier le contenu de leur formation respective. 

En regard du franc succès de cette activité, les représentants des deux programmes de formation sont enthousiasmés et comptent poursuivre cette collaboration intradisciplinaire pour mieux préparer les futurs professionnels en physiothérapie. 


L’exemple du Cégep de Sherbrooke et de l’Université de Sherbrooke

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Par France Rochette, pht
Coordonnatrice, Département des Techniques de réadaptation physique, Cégep de Sherbrooke

Yannick Tousignant-Laflamme, pht, Ph. D.
Professeur agrégé, École de réadaptation, Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke 

Hélène Corriveau, pht, Ph.D.
Professeure titulaire, École de réadaptation, Université de Sherbrooke et chercheure au Centre de recherche sur le vieillissement 

Pour les membres de l’OPPQ, l’importance d’arriver à travailler en intradisciplinarité et en interdisciplinarité n’est plus à prouver. Par ailleurs, une solide connaissance du travail intradisciplinaire favorise un meilleur travail en interdisciplinarité. Mais comment développe-t-on cette compétence ? Comme pour toutes les autres compétences associées à notre profession, il est impératif d’amener les étudiants des programmes de techniques de réadaptation physique et de physiothérapie à acquérir celle-ci au cours de leur formation. 

Dans le cadre d’un projet d’innovation pédagogique piloté par le Cégep de Sherbrooke et l’Université de Sherbrooke, les étudiants des programmes de techniques de réadaptation physique (T.R.P.) et ceux du programme de physiothérapie (pht) ont été amenés à travailler ensemble. 

Le projet pilote s’est initialement déroulé en 2012 et, en raison de l’appréciation des étudiants, il a été reconduit à l’automne 2013. Dans un premier temps, tous les étudiants de 3e année des deux cohortes de chaque programme ont assisté à une conférence sur l’intradisciplinarité au cours de laquelle ils ont été exposés à ce concept ainsi qu’aux particularités du Règlement 94m pour les professionnels de la physiothérapie. De plus, lors de cette rencontre, ils ont eu l’occasion d’échanger sur leur formation et leur cadre de pratique respectifs. Puis, un T.R.P. et un physiothérapeute travaillant ensemble depuis plusieurs années ont parlé de leurs expériences professionnelles au quotidien ainsi que de leur vision de l’intradisciplinarité. 

Dans un deuxième temps, 12 étudiants de 3année du programme de T.R.P. ont participé à une séance de tutorat d’apprentissage du raisonnement clinique (ARC) sur la thématique des troubles musculosquelettiques. Avec l’encadrement du tuteur, les étudiants ont discuté des particularités des cas cliniques tant en ce qui touche l’évaluation que l’intervention. Ensuite, le partage des activités à réaliser par le T.R.P. ou le physiothérapeute auprès du patient a été discuté, afin d’offrir au patient un traitement et un suivi optimal. 

Les étudiants ont manifesté beaucoup d’intérêt et une grande ouverture pour ces activités et veulent que celles-ci se perpétuent. Entre autres, ils ont apprécié cette occasion de discuter avec les étudiants de l’autre programme et d’avoir pu poser des questions sur leur programme respectif. Lors de la première année du projet, il en est ressorti qu’un des principaux freins au travail en intradisciplinarité était la méconnaissance des compétences de l’autre. En 2013, préalablement à la conférence, les étudiants ont donc eu l’occasion de se renseigner sur la formation de base de leurs collègues, ce qui a stimulé les étudiants à poser leurs questions lors des discussions en sous-groupes. 

Un autre effet positif de cette activité est de permettre de développer l’identité professionnelle chez les étudiants. Ceux-ci saisissent leur apport respectif direct et concret dans le suivi d’un patient, ce qui leur permet d’être les plus efficients possible. À titre d’exemple, les étudiants en physiothérapie se rendent compte que leur rôle n’est peut-être pas de suivre seuls et au quotidien un patient en catégorie 2.

Finalement, la rencontre dans le cadre d’un atelier de travail entre les étudiants des deux programmes de physiothérapie leur permet de mieux se connaître en cours de formation. Cela facilite la création de liens entre eux, dans le but ultime d’établir des relations et des échanges plus spontanés dans leur milieu de travail. 

En résumé, le travail en intradisciplinarité est incontournable dans le contexte actuel et pour l’optimisation des ressources. Ce projet permet d’établir le plus tôt possible un pont entre les deux professions.