Bureau du syndic
Par Louise Gauthier, pht, LL. M., Syndique

Par Louise Gauthier, pht, LL. M.
Syndique

L’ÉVALUATION À PORTÉE DIAGNOSTIQUE DU PHYSIOTHÉRAPEUTE : UN GESTE SOLITAIRE D’UNE GRANDE IMPORTANCE

« Curieuse activité solitaire que celle d’écrire ». Patrick Modiano

L’évaluation du physiothérapeute suscite périodiquement plusieurs questions de la part de nos membres, notamment « à quel moment peut intervenir le thérapeute en réadaptation physique (T.R.P.) dans la prise en charge des clients ? » et « comment le physiothérapeute doit-il gérer son intervention dans la prise en charge interdisciplinaire ? ». Nous tenterons avec ce texte de clarifier quelques éléments qui semblent encore obscurs pour certains professionnels.

« Évaluer la fonction neuromusculosquelettique d’une personne présentant une déficience ou une incapacité de sa fonction physique » fait partie des activités professionnelles réservées aux physiothérapeutes dans leur champ d’exercice, ainsi que le stipule le Code des professions1.

L’évaluation du physiothérapeute résulte d’une démarche structurée à portée diagnostique, dont les assises reposent sur un raisonnement clinique basé sur les compétences professionnelles, les données probantes, les normes généralement reconnues en physiothérapie et les règles de l’art2.

À ce titre, l’évaluation physiothérapique devient un enjeu important dans la prise en charge des clients par le T.R.P. Certes, avec le diagnostic médical non limité aux symptômes et l’information médicale pertinente, les T.R.P. peuvent également procéder à la prise en charge du client. Cependant, dans les deux cas, et selon la catégorie d’atteinte, des renseignements supplémentaires doivent s’y retrouver en conformité avec les exigences réglementaires prévues3.

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L’évaluation du physiothérapeute et la prise en charge du client par le T.R.P.

L’évaluation du physiothérapeute, incluant son diagnostic physiothérapique, doit être finalisée avant de permettre au T.R.P. de prendre en charge un client. Elle constitue un des préalables dont a besoin le T.R.P. avant d’intervenir. La réglementation en vigueur prévoit l’existence de préalables pour les T.R.P. Le terme « préalable » se définit clairement comme étant : « […] ce qui a lieu, se fait ou se dit avant autre chose, dans une suite logique d’événements, d’actes, de faits; qui doit précéder quelque chose […] »4.

Dans ce sens, demander à un T.R.P. de participer à l’évaluation du physiothérapeute et à l’élaboration du diagnostic physiothérapique qui en découle ne peut avoir sa raison d’être. Il serait invraisemblable de demander au T.R.P. de participer à un processus qui contribue ultimement à lui fournir les préalables dont il a besoin pour procéder à sa propre collecte de données évaluatives.

L’évaluation physiothérapique constitue un geste à part entière se traduisant dans un document dont la signature du physiothérapeute authentifie le contenu. L’intégrité de ce document doit être protégée et aucune autre note ne peut y être ajoutée ou modifiée une fois que l’évaluation est complétée par le physiothérapeute. Ainsi, un client qui demande l’accès à ce document obtient le portrait de sa condition physique au moment où le physiothérapeute a procédé à son évaluation.

L’évaluation interdisciplinaire est-elle assujettie aux mêmes règles de pratique que l’évaluation individuelle ?

Depuis déjà plusieurs années, l’évaluation interdisciplinaire devient un outil intéressant qui permet à de nombreux professionnels, de formations différentes, d’unir leurs compétences afin de dresser un meilleur portrait global de la personne. Elle contribue ainsi à mieux répondre aux besoins du client en matière d’interventions cliniques.

En tant que physiothérapeute, vous êtes appelé à faire des recommandations quant aux stratégies à adopter pour optimiser le rendement fonctionnel du client. Ce faisant, le physiothérapeute procède à l’évaluation physiothérapique du client et à un plan de traitement adapté à ce dernier.

La plupart du temps, l’évaluation interdisciplinaire se conclut par des recommandations communes issues des évaluations individuelles des différents professionnels concernés.

Quelle est la meilleure façon pour le physiothérapeute de gérer ce type de dossier ?

Dans le cadre d’une évaluation interdisciplinaire, il est recommandé au physiothérapeute de signer son évaluation individuelle afin de confirmer qu’il en est bien l’auteur. Le physiothérapeute est alors assujetti aux mêmes obligations professionnelles que s’il était le seul intervenant au dossier. De plus, en apposant sa signature sur cette section, il devient partie prenante de la conclusion commune et des orientations du plan de traitement interdisciplinaire. Le physiothérapeute doit ainsi reconnaître l’importance de sa participation dans un dossier partagé avec d’autres professionnels.

Il est bon de rappeler que le physiothérapeute est responsable du contenu et de la portée de son dossier. Il doit tenir compte des conditions et des restrictions propres à sa catégorie de permis dans le champ de la physiothérapie5.

Ce faisant, il doit porter une attention particulière à ne pas faire l’analyse de certains éléments qui touchent plus particulièrement les activités réservées à d’autres professionnels comme, entre autres, les médecins, les psychologues ou les ergothérapeutes.

À titre d’exemple, le physiothérapeute devra veiller à ne pas poser de diagnostic médical en se prononçant sur l’état de santé du client par des notes comme « l’examen physique du client nous montre clairement que nous nous trouvons devant une personne qui souffre d’insuffisance cardiaque ». Il devra également faire attention à ne pas poser de diagnostic de nature psychologique tel que « le client présente, après analyse de certains tests, des problèmes de déficit d’attention limitant son cheminement scolaire ».

Dans ces exemples, il est important de faire la distinction entre le fait de recueillir de l’information figurant dans l’historique du client et poser soi-même un diagnostic à l’extérieur du champ de la physiothérapie à la suite de l’interprétation analytique de certains tests.

Dans sa finalité, l’évaluation interdisciplinaire constituera les préalables nécessaires au thérapeute en réadaptation physique s’il y trouve l’évaluation physiothérapique et les renseignements supplémentaires liés à la catégorie d’atteinte du client. Il pourra par la suite prendre le client en charge en procédant à sa collecte de données évaluatives.

Les professionnels de la physiothérapie ont le devoir de respecter leurs obligations professionnelles. En ce sens, un travail d’équipe est préconisé, mais doit en tout temps répondre aux exigences associées à la fonction de chaque intervenant.


1 Article 37.1, par. 3o a du Code des professions
http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.
php?type=2&file=/C_26/C26.html
2 Articles 6, 14 et 16 du Code de déontologie des physiothérapeutes et des thérapeutes
en réadaptation physique http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamic-
Search/telecharge.php?type=2&file=%2F%2FC_26%2FC26R197.htm
3 Article 4 du Règlement sur les catégories de permis délivrés par l’OPPQ (94m) http://
www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&-
file=%2F%2FC_26%2FC26R196_1.htm
4 Centre de ressources textuelles et lexicales : http://www.cnrtl.fr/lexicographie/
pr%C3%A9alable
5 Article 9 du Code de déontologie des physiothérapeutes et des thérapeutes en réadaptation
physique