Chronique étudiante

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Alexandre Campeau Larrivée (a), Maude Charbonneau (a), Émilie Samson (a), Debbie Ehrmann Feldman (a,b), Maude Laliberté (a,b,c)

LES PROFESSIONNELS DE LA PHYSIOTHÉRAPIE SUR FACEBOOK, J’AIME ? 10 RECOMMANDATIONS POUR INSTAURER DE BONNES PRATIQUES SUR LES MÉDIAS SOCIAUX

Les médias sociaux sont en plein essor et les professionnels de la physiothérapie font face au défi de leur utilisation, car il n’existe aucun guide clair pour orienter leurs comportements en ligne. Dans le cadre d’un travail effectué en 2013-2014 par trois finissants de l’Université de Montréal, un projet de recherche à devis mixte a été réalisé pour analyser les diverses utilisations de Facebook par les professionnels de la physiothérapie québécois francophones. D’abord, une revue de la littérature grise concernant les médias sociaux en physiothérapie a été effectuée, soit une recension des écrits non académiques comprenant les articles de journaux (mai 2013) et les politiques d’organismes réglementaires nationaux et internationaux (juillet-octobre 2013). Puis, le contenu québécois de Facebook associé à la physiothérapie a été exploré (septembre-octobre 2013).

Finalement, des professionnels de la physiothérapie québécois ont rempli un sondage à l’automne 2013 (322 participants) afin de décrire leur utilisation de Facebook. À la lumière de ces diverses données, 10 recommandations concernant l’utilisation de Facebook ont été émises. L’objectif de cet article est de résumer la section « recommandations » de ce travail publié sur Papyrus1 et de présenter quelques documents-clés conçus pour les professionnels de la physiothérapie et portant sur les bonnes pratiques à adopter sur les médias sociaux. Les résultats sont également en ligne sur une page Facebook et dans une capsule vidéo éducative sur YouTube.

Recommandations

1- Employés, informez-vous ! Employeurs, informez-les !Chronique_etudiante_1

Les professionnels doivent connaître la politique de médias sociaux de leur milieu de travail et du site sur lequel ils naviguent, ainsi que les normes encadrant leur pratique. L’ignorance n’est pas une excuse valable et en cas de manquement, des sanctions disciplinaires et légales peuvent s’appliquer. Les employeurs doivent s’assurer que leurs employés connaissent les politiques en vigueur. Le sondage réalisé révèle que 41,6 % des répondants ne savaient pas s’il existait une politique sur les médias sociaux dans leur milieu de travail.

Plusieurs politiques internationales proposent un encadrement rigoureux plutôt que d’interdire totalement l’utilisation des médias sociaux dans un contexte professionnel.

2- Précisez au nom de qui vous parlez, dissociez vos propos personnels de vos propos professionnels.

 Les professionnels doivent dissocier leurs points de vue personnels de ceux de leur employeur, de leur association et de leur profession. En effet, 14,4 % des répondants du sondage admettaient rédiger des publications à propos de leur travail ou de leurs patients.

 3- Les règles déontologiques ne s’appliquent pas seulement durant vos heures de travail : soyez professionnel en tout temps !

Les professionnels doivent se comporter sur les médias sociaux comme ils agiraient sur leur lieu de travail. Bien que les politiques soulignent la nécessité de demeurer professionnel dans les interactions avec les patients sur les médias sociaux, la revue de presse a relevé plusieurs incidents où des professionnels de la santé ont été sanctionnés pour avoir commis des actes non professionnels. Certains répondants du sondage admettaient avoir lu des publications désobligeantes de professionnels de la physiothérapie au sujet de leurs patients ou de leur travail.

 4-Gardez une distance professionnelle dans vos interactions en ligne avec les patients.

 Les professionnels doivent utiliser un compte professionnel s’ils interagissent en ligne avec des patients et limiter leurs échanges à leur domaine d’expertise. Ils doivent employer un ton formel et éviter de commenter les photos ou les publications d’un patient, ceci afin de séparer leur vie professionnelle de leur vie personnelle. Le sondage révélait que 20,5 % des répondants étaient amis Facebook avec des patients et qu’un faible pourcentage possédait une page (2 %) ou un profil (3 %) professionnel.

 5-Préservez la confidentialité des renseignements concernant vos patients.

 En tout temps, le secret professionnel et le droit à la vie privée des patients doivent être respectés. Lors de l’exploration du contenu de Facebook en physiothérapie, des photos de patients facilement identifiables et des discussions publiques entre un professionnel de la physiothérapie et un abonné contenant des informations confidentielles ont été observées. La diffusion de ces données pourrait porter préjudice à la clientèle.

 6-N’oubliez pas que tout le contenu des médias sociaux est du domaine public.

Les professionnels doivent être conscients qu’ils n’ont aucun contrôle sur la propagation ni sur la permanence du contenu qu’ils publient. Celui-ci peut être sauvegardé et redistribué sur Facebook ou ailleurs sur le Web. Si un professionnel utilise les médias sociaux de manière inadéquate, l’atteinte à sa réputation ou à celle de sa profession peut persister longtemps.

7-Partagez votre savoir !

Les professionnels gagneraient à profiter de la popularité des médias sociaux pour effectuer du transfert de connaissances et pour promouvoir la santé. L’analyse du contenu québécois de Facebook nous permet d’affirmer que ce réseau social est utilisé par les milieux pour éduquer leur clientèle sur la santé. En ce sens, l’Association canadienne de physiothérapie soutient que les réseaux sociaux pourraient permettre d’effectuer un suivi avec le patient en lui fournissant des outils de traitement en ligne (par ex., des vidéos).

8- Vérifiez l’exactitude du contenu partagé et mentionnez la source de votre publication.

Les professionnels doivent respecter le droit d’auteur, publier des textes de bonne qualité scientifique et provenant de sources fiables. Or, en observant le contenu de Facebook en physiothérapie, il n’est pas rare de voir des publications faisant la promotion de produits ou d’entreprises sans qu’elles soient accompagnées de déclaration de conflit d’intérêts. De plus, des publications sans mention de sources ont aussi été observées. Comme de plus en plus de patients se tournent vers les médias sociaux pour obtenir de l’information sur la physiothérapie, il devient essentiel que les professionnels y soient présents afin de partager un contenu exact.

 9-Soyez innovateurs !

Les médias sociaux offrent une multitude de possibilités aux professionnels. Ils constituent un outil de plus à leur arsenal pour contribuer à l’avancement de leur profession. L’analyse du contenu québécois de Facebook révèle que l’utilisation actuelle de ce réseau social comprend de la diffusion d’information sur les services offerts, les disponibilités et les heures d’ouverture des établissements, de la publicité de même que du transfert de connaissances dans le domaine de la santé. L’analyse médiatique rapporte que Facebook pourrait être un moyen de faciliter l’accès au réseau de la santé et y diminuer les temps d’attente, notamment en l’utilisant pour la prise de rendez-vous et l’enregistrement auprès des établissements de santé.

 10-Réfléchissez avant de publier !

Le professionnel doit prendre le temps de relire chacun de ses commentaires et doit se demander s’il est approprié avant de le publier. Il doit s’assurer que le contenu de ses interactions sur Facebook ne puisse pas être interprété de manière négative ou nuire à sa réputation en tant que professionnel, ainsi que celle de sa profession ou de son employeur. Il doit également présenter un comportement professionnel.

L’application de ces recommandations permettra aux professionnels de la physiothérapie d’utiliser les médias sociaux de façon innovatrice, mais prudente. Il est impératif de réfléchir aux répercussions des activités virtuelles, car les conséquences sont bien réelles.

Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier Camille Beaulieu-Poulin pour sa collaboration à la réalisation et à l’analyse du sondage ; l’OPPQ, l’ACP, le REPAR, la FPPPQ et le CRIR pour nous avoir permis de distribuer le sondage ; ainsi que France Piotte pour ses commentaires sur les versions précédentes de cet article.


(a) École de réadaptation, Faculté de médecine, Université de Montréal
(b) Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation du Montréal métropolitain (CRIR)
(c) Programmes de bioéthique, Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique, Faculté de médecine, Université de Montréal


Références

1 A. Campeau-Larrivée, M. Charbonneau et E. Samson. Les professionnels de la physiothérapie sur Facebook, j’aime ?, travail aux cycles supérieurs présenté à la Faculté de médecine en vue de l’obtention de la maîtrise en physiothérapie, sciences de la réadaptation, 2014, directeurs de recherche : D.E. Feldman et M. Laliberté.

Lectures recommandées

  • Association canadienne de physiothérapie. Canadian physiotherapists and social media: Issues and guidelines for us [En ligne], 2013.
  • Association canadienne de physiothérapie. « Mettez les médias sociaux à votre service », Pratique de la physiothérapie, hiver 2012, vol. 1, no 4, p. 12-5.
  • Association canadienne de physiothérapie. « Gardez l’oeil bien ouvert », Pratique de la physiothérapie, été 2012, vol. 2, no 3, p. 13-6.
  • Association des établissements de réadaptation en déficience physique du Québec. Pour une utilisation éthique et responsable des médias sociaux — Guide de référence, janvier 2013, 99 pages.
  • Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux. Politique d’utilisation des médias sociaux d’un établissement de santé et de services sociaux (projet type), novembre 2011.
  • Ahmed O.H., L.S. Claydon, D.C. Ribeiro, A. Arumugam, C. Higgs, G. David Baxter. « Social media for physiotherapy clinics: considerations in creating a Facebook page », Physical Therapy Reviews, 2013, vol. 18, no 1, p. 43-6.