Chronique étudiante

LES DERNIÈRES DONNÉES PROBANTES CONCERNANT LES OUTILS D’ÉVALUATION DU SUJET PARKINSONIEN EN PHYSIOTHÉRAPIE : ATTRAPER LES ÉVIDENCES

Par Julien Lachance (2e à gauche), Julie Lalonde (4e à droite), Corine Tran (3e à droite) et Manon Pilon, pht, M. Sc., (1re à gauche), Programme de physiothérapie, École de réadaptation, Université de Montréal

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative occasionnant une panoplie de signes et symptômes1. Les signes cliniques d’une importance majeure pour diagnostiquer la maladie, aussi nommés signes cardinaux, sont les tremblements, la rigidité, l’akinésie et l’instabilité posturale.

Il s’agit d’une maladie multidimensionnelle dont l’évaluation est complexifiée par l’intermittence des phases (on and off). Il existe plusieurs outils d’évaluation de la clientèle parkinsonienne utilisés en physiothérapie.

Objectifs

Cet article présente les résultats obtenus lors d’un projet dirigé se déroulant dans le cadre d’une maîtrise en physiothérapie ayant pour objectifs :

  1. d’effectuer une revue de littérature narrative des outils d’évaluation du Parkinson ;
  2. d’analyser leurs qualités psychométriques et leur applicabilité en contexte clinique afin de sélectionner les plus pertinents ;
  3. de réaliser des fiches pratiques facilitant l’utilisation de ces outils par les cliniciens.

Méthodologie

Des recherches ont été faites dans les bases de données Cinhal, Embase et MedLine/PubMed avec les mots-clés suivants : Parkinson’s disease, postural instability, evaluation/assessment/measurement tool, bradykinesia, akinesia, freezing, coordination, rigidity, posture et tremor. La recherche a été complétée avec l’Evidence-based Guidelines for Physiotherapy in Parkinson’s Disease et la Rehabilitation Measures Database3,4. Les articles retenus avaient été publiés entre janvier 1996 et novembre 2015. Les qualités psychométriques des outils ont été analysées à l’aide des critères d’interprétation présentés dans le tableau 1. 

Physio-Québec Édition Automne-Hiver 2016

Résultats

Les outils multidimensionnels et spécifiques aux signes cardinaux incontournables en physiothérapie sont décrits. Seuls les instruments retenus, soit les plus valides, fidèles et applicables en milieu clinique, sont présentés.

> Outils d’évaluation globale

La Movement Disorder Society-Unified Parkinson’s Disease Rating Scale (MDS-UPDRS)5 est la mesure étalon de l’évaluation de la maladie de Parkinson. Il s’agit de la version mise à jour de l’Unified Parkinson’s Disease Rating Scale. Elle comporte quatre sections : les expériences non motrices et motrices de la vie quotidienne, l’examen moteur et les complications motrices. Les qualités psychométriques étudiées jusqu’à présent sont intéressantes. Toutefois, certaines demeurent à préciser pour le MDSUPDRS.

La Hoehn & Yahr (H&Y)6 est une échelle descriptive catégorisant les sujets selon le stade de gravité de la maladie. L’échelle offre aux professionnels un vocabulaire commun, mais bénéficierait d’études de validation.

La Modified Parkinson Activity Scale (MPAS)7 évalue les activités fonctionnelles de la clientèle parkinsonienne. Elle considère les transferts, la mobilité au lit et l’akinésie à la marche. Cet outil permet notamment d’évaluer le transfert d’assis à debout de la chaise avec laquelle le sujet a le plus de difficulté. La MPAS constitue un complément de la MDS-UPDRS. Ses qualités psychométriques vont d’adéquates à excellentes.

La Short Parkinson’s Evaluation Scale/Scale for Outcomes in Parkinson’s Disease (SPES/SCOPA)8 évalue la déficience motrice, les activités de la vie quotidienne et les complications motrices. Le clinicien peut, s’il est limité dans le temps, utiliser la SPES/SCOPA plutôt que la section motrice de la MDS-UPDRS. Malheureusement, ses qualités psychométriques ont été peu étudiées.

TREMBLEMENT : MOUVEMENTS INVOLONTAIRES RYTHMIQUES

La MDS-UPDRS Rating Scale Tremor9 est conçue spécifiquement pour évaluer les différents types de tremblements chez le parkinsonien. Selon la revue de littérature, le bassin d’outils disponibles est grandement limité pour ce signe cardinal et il s’agirait du seul outil recommandable.

RIGIDITÉ : AMPLIFICATION DE LA RÉSISTANCE AU MOUVEMENT PASSIF

La section 3.3 de la MDS-UPDRS5 permet de faire l’évaluation de la rigidité parkinsonienne du cou et des quatre membres. L’évaluateur effectue des mouvements passifs et le patient effectue des manoeuvres d’activation si aucune rigidité n’est détectée. Il s’agit d’une échelle simple qui est largement diffusée et utilisée dans différents milieux cliniques. Elle ne requiert aucun matériel et présente des qualités psychométriques appropriées.

La rigidité est également observable par son impact sur la mobilité. La Trunk Mobility Scale (TMS)10 permet d’évaluer la mobilité du tronc par des tests dynamiques et statiques.

La posture typique du sujet illustre également l’impact de la rigidité parkinsonienne. La section 3.13 de la MDS-UPDRS5 concerne l’observation de l’altération de la posture du sujet lors d’activités fonctionnelles. La mesure de la flèche occipitale2 permet de compléter l’observation posturale de façon objective et sera d’utilité comparative, bien que ses qualités psychométriques soient encore peu connues.

Enfin, la rigidité a aussi une incidence sur la capacité respiratoire du sujet parkinsonien. Cette dernière devrait être évaluée par spirométrie11 afin d’obtenir un portrait de la fonction pulmonaire par la mesure de différents paramètres respiratoires. Une épreuve d’effort maximal12 permettra d’obtenir des mesures offrant un portrait fonctionnel du sujet et sera utile dans l’élaboration d’un programme d’entraînement cardiorespiratoire.

AKINÉSIE : LENTEUR, RARETÉ, DIMINUTION DE FLUIDITÉ ET D’AMPLITUDE DE MOUVEMENT

La Modified Bradykinesia Rating Scale (MBRS)13 inclut les épreuves de tapotement pouce-index, de pronation-supination de l’avant-bras et d’ouverture-fermeture des mains. Son échelle de cotation est divisée selon la vitesse d’exécution, l’amplitude ainsi que la fluidité du mouvement. Cela permet à l’évaluateur d’éviter les erreurs fréquemment commises lors de l’évaluation de la bradykinésie et d’obtenir une qualité psychométrique appropriée.

INSTABILITÉ POSTURALE : ATTEINTE DE LA CAPACITÉ À CONSERVER SA POSTURE OU À EN CHANGER

Le Mini-BESTest14 évalue l’équilibre dynamique au moyen d’exercices testant les réactions posturales automatiques, les réflexes posturaux anticipatoires, l’orientation sensorielle et l’équilibre dynamique à la marche. Il inclut le Push & Release et le Timed Up and Go, deux tests recommandés chez cette clientèle. Le Mini-BESTest est un outil pertinent en clinique pour son applicabilité et ses qualités psychométriques.

Le questionnaire Activities-Specific Balance Confidence Scale (ABC)15 mesure la perception du niveau de confiance des sujets de ne pas chuter ni de perdre l’équilibre lors d’activités ambulatoires. L’évaluation de l’aspect subjectif de l’instabilité posturale est primordiale. L’ABC permet de cibler les sujets à risque de chutes récurrentes ; il présente des qualités psychométriques intéressantes et est facile à appliquer. Une combinaison de l’ABC et du Mini-BESTest permet une évaluation exhaustive de l’instabilité posturale du parkinsonien.

Physio-Québec Édition Automne-Hiver 2016

Conclusion

Cette revue narrative de littérature a permis de déterminer quels tests cliniques utiliser de façon prioritaire avec la clientèle parkinsonienne. De plus, les parkinsoniens subissent des variations rapides de leur condition ; il est donc important de les évaluer pendant leurs différentes phases (on and off) et de noter les circonstances de l’évaluation (médication, moment de la journée, fatigue du sujet, etc.)4.

Des fiches pratiques ont été produites pour couvrir toutes les méthodes évaluatives recommandées dans le cadre de ce projet. Elles seront offertes avec la prochaine édition du guide Évaluer la personne âgée par les professionnels de la physiothérapie et faciliteront l’exécution standardisée de l’évaluation de cette clientèle.

 


Références
1. PARKINSON-QUÉBEC (2015). Chapitre 1 : La maladie de Parkinson et ses traitements. Repéré à : http://www.parkinsonquebec.ca/maladie/symptomes moteurs/

2. NAIR, P.,, W. Bohannon R, Devaney L, Livingston J. “Measurement of anteriorly flexed trunk posture in Parkinson’s disease (PD): a systematic review”, Physical Therapy Reviews, vol. 20, no 4, 2015, p. 225-232.

3. REHABILITATION MEASURES DATABASE. [en ligne], 2015. [http://www.rehabmeasures.org/default.aspx] (Consulté le 18 janvier 2016)

4. KEUS, S., , Munneke M, Graziano M, Paltamaa J, Pelosin E, Domingos J, et al. The European Physiotherapy Guideline for Parkinson’s Disease. Movement Disorders, 1re éd., ParkinsonNet, 2014, p. 1-191.

5. GOETZ, C.G., Tilley BC, Shaftman SR, Stebbins GT, Fahn S, Martinez-Martin P, et al. “Movement Disorder Society-sponsored revision of the Unified Parkinson’s Disease Rating Scale (MDS-UPDRS): scale presentation and clinimetric testing results”, Mov Disord, vol. 23, no 15, 2008, p. 2129-2170.

6. MITCHELL, S.L., Harper DW, Lau A, Bhalla R. “Patterns of outcome measurement in Parkinson’s disease clinical trials”, Neuroepidemiology, vol. 19, no 2, 2000, p. 100- 108.

7. KEUS, S.H.,, Nieuwboer A, Bloem BR, Borm GF, Munneke M. “Clinimetric analyses of the Modified Parkinson Activity Scale”, Parkinsonism Relat Disord, vol. 15, no 4, 2009, p. 263-269.

8. MARINUS, J., Visser M, Stiggelbout AM, Rabey JM, Martínez-Martín P, Bonuccelli U, et al. “A short scale for the assessment of motor impairments and disabilities in Parkinson’s disease: the SPES/SCOPA”, Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, vol. 75, no 3, 2004, p. 388-395.

9. FORJAZ, M.J., Ayala A, Testa CM, Bain PG, Elble R, Haubenberger D, et al. “Proposing a Parkinson’s disease-specific tremor scale from the MDS-UPDRS”, Mov Disord, vol. 30, no 8, 2015, p. 1139-1143.

10. CLARISSA, R.C., Franco PL, Raquel Townsend, Carlos R.M. Rieder. “Reliability and validity of a scale for measurement of trunk mobility in Parkinson’s disease: Trunk Mobility Scale”, Arq Neuropsiquiatr, vol. 69, no 4, 2011, p. 636-641.

11. MONTEIRO, L., Souza-Machado A, Valderramas S, Melo A. “The effect of levodopa on pulmonary function in Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis”, Clin Ther, vol. 34, no 5, 2012, p. 1049-1055.

12. KATZEL, L.I., Sorkin JD, Macko RF, Smith B, Ivey FM, Shulman LM. “Repeatability of aerobic capacity measurements in Parkinson disease”, Med Sci Sports Exerc, vol. 43, no 12, 2011, p. 2381-2387.

13. HELDMAN, D.A., Giuffrida JP, Chen R, Payne M, Mazzella F, Duker AP, et al. “The modified bradykinesia rating scale for Parkinson’s disease: reliability and comparison with kinematic measures”, Mov Disord, vol 26, no 10, 2011, p. 1859-1863.

14. LEDDY, A.L., B.E. CROWNER et G.M. EARHART. “Utility of the Mini-BESTest, BESTest, and BESTest sections for balance assessments in individuals with Parkinson disease”, J Neurol Phys Ther, vol. 35, no 2, 2011, p. 90-97.

15. MAK, M.K., et M.Y. PANG. “Fear of falling is independently associated with recurrent falls in patients with Parkinson’s disease: a 1-year prospective study”, J Neurol, vol. 256, no 10, 2009, p. 1689-1695.