Chronique de l’expert
Marie-Claire_Holland

Par Marie-Claire Holland, pht
Diplômée en physiothérapie sportive
En collaboration avec la Direction du développement et soutien professionnels de l’OPPQ

LES COMMOTIONS CÉRÉBRALES CHEZ LES JEUNES SPORTIFS : PRÉVENTION, DÉPISTAGE ET PRISE EN CHARGE EN PHYSIOTHÉRAPIE

iStock_000003877373_MediumLes commotions cérébrales chez les sportifs font partie des sujets d’actualité, tant dans les médias que dans les discussions familiales. Nous avons tous de plus en plus conscience de ce problème, notamment en raison du niveau de sensibilisation des athlètes, de leurs parents et des intervenants qui gravitent autour d’une équipe sportive, de même que par l’augmentation des connaissances sur les conséquences à long terme des commotions cérébrales, entre autres grâce à l’apport de la recherche dans ce domaine. Malgré cette prise de conscience et, paradoxalement, à cause d’elle, non seulement le nombre de commotions cérébrales répertoriées demeure élevé, mais il tend à augmenter. Par année, on recense au Canada 110 cas de commotion cérébrale par 100 000 adultes et 200 cas par 100 000 enfants[1].

En tant que professionnels de la physiothérapie, nous devons nous sentir interpellés par cette problématique. Nous travaillons auprès d’athlètes de tous les niveaux et de tous les âges sur les terrains sportifs, dans les écoles et dans les cliniques privées. Nous pouvons contribuer à améliorer la situation en utilisant notre expertise pour assurer le dépistage, la prise en charge et le suivi des commotions cérébrales.

POUR UNE COMPRÉHENSION COMMUNE DE LA COMMOTION CÉRÉBRALE

« Une commotion cérébrale est un type courant de traumatisme crânien cérébral léger (TCCL) qui peut être causé par un coup direct ou indirect porté à la tête ou au corps. Cela provoque un changement dans le fonctionnement du cerveau, causant plusieurs symptômes. Lorsqu’une personne est victime d’une commotion cérébrale, les dommages à la structure de son cerveau ne sont pas apparents. Ainsi, les tests d’imagerie par résonance magnétique et les tomodensitogrammes semblent habituellement normaux. »[2]

Voici quelques-uns des signes et symptômes de la commotion cérébrale :

  • Symptômes somatiques (céphalée), cognitifs (se sentir comme dans un brouillard) ou émotionnels (labilité)
  • Signes physiques (perte de conscience, amnésie, perte d’équilibre)
  • Changements comportementaux (irritabilité, nervosité, tristesse)
  • Déficience cognitive (ralentissement du temps de réaction)
  • Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie, difficulté à trouver le sommeil)

LA NÉCESSAIRE ÉDUCATION COMME MOYEN DE PRÉVENTION

Notre rôle premier en physiothérapie consiste à faire de l’éducation puisque celle-ci représente un moyen privilégié de prévenir les commotions cérébrales. Ainsi, toutes les occasions sont bonnes pour rencontrer les organismes sportifs, les entraîneurs, les parents, les athlètes, les écoles et les médecins afin de tisser des liens de confiance avec eux et de les sensibiliser le plus efficacement possible aux risques des commotions cérébrales et à leurs graves conséquences. De plus, ce sont ces relations de confiance qui, une fois établies, permettent au professionnel de la physiothérapie d’assurer un suivi adéquat des commotions cérébrales, soit — selon les données scientifiques — en rencontrant le moins d’obstacles possible.

LA PERTINENCE D’UNE ÉVALUATION PRÉ-SAISON

Lorsqu’un professionnel de la physiothérapie travaille auprès d’une équipe sportive présentant des risques de commotions cérébrales, il devrait procéder à une évaluation de base de tous les athlètes avant le début de la saison. À l’aide d’un outil tel que le SCAT 3[3], il est possible de documenter leur condition (historique de commotions, capacité mnésique et contrôle postural). Cela permet d’avoir une référence de base sur laquelle s’appuyer lorsqu’un accident survient au cours de la saison. On facilite ainsi les échanges avec l’athlète, la famille, l’entraîneur, le médecin ou tout autre intervenant par la suite.

Le SCAT 3

Le SCAT 3 est un outil de reconnaissance des commotions cérébrales utilisé afin d’évaluer les athlètes âgés de 13 ans et plus. Ce formulaire a été mis sur pied pour les professionnels de la santé afin de standardiser l’évaluation des commotions. Il contient les étapes d’évaluation de base au début de la saison, mais également les étapes à suivre lorsque se manifestent certains signes et symptômes. On y trouve les échelles de Glascow et de Maddocks, des questions sur la mémoire à court et à long terme, des questions sur la concentration et des tests d’équilibre. De plus, d’autres tests, dont l’évaluation de l’amplitude articulaire, des myotomes et dermatomes ainsi que la palpation cervicale y sont aussi inclus. Il est également possible de remettre aux parents une fiche explicative qui comprend des recommandations ainsi qu’une série de questions permettant de suivre l’évolution de l’athlète.

INTERVENIR SUR LE TERRAIN

Sur le terrain, l’un de nos rôles est évidemment de reconnaître les signes et symptômes de la commotion cérébrale. En intervenant rapidement, nous sommes en mesure de retirer l’athlète du jeu et ainsi de prévenir un grand nombre de complications. Lorsqu’un professionnel de la physiothérapie travaille sur les terrains sportifs, il est près des athlètes et il les connaît ; il est ainsi bien placé pour repérer un athlète désorienté à la suite d’un impact.

Selon la nature de l’impact, il est recommandé de faire une évaluation rapide en utilisant les échelles de Glascow et de Maddocks. Environ quinze minutes après l’impact, il est recommandé de poursuivre l’évaluation avec les autres outils inclus dans le SCAT 3. Il nous est alors possible de comparer avec les résultats du questionnaire en début de saison et ainsi de valider nos renseignements afin de dépister des commotions cérébrales.

iStock_000019612621_LargeLA COLLABORATION INTERPROFESSIONNELLE

Il est fortement recommandé de diriger toute victime d’une commotion vers un médecin afin de documenter l’événement en cas de complication ou de récidive. Malheureusement, cela ne se fait pas sans peine. L’accès à un médecin spécialiste en commotion est difficile, entraîne des délais considérables dans certaines régions éloignées et complique notre travail. Une chose est certaine, lorsque les symptômes et la condition s’aggravent ou ne se résorbent pas dans les 10 premiers jours, il faut impérativement orienter la personne vers un médecin.

De plus, puisqu’une commotion cérébrale peut avoir des répercussions sur différents systèmes qui dépassent le seul champ de la physiothérapie, la collaboration et l’approche multidisciplinaire sont préconisées dans la prise en charge des sportifs ayant subi une commotion cérébrale[4]. Il est également important de souligner qu’un diagnostic de commotion cérébrale ou de TCCL est un diagnostic médical. Il ne peut donc pas être posé par un professionnel de la physiothérapie.

RECOMMANDATIONS POUR LE RETOUR AU JEU

Lorsque la période symptomatique est terminée, il nous revient de préparer l’athlète à son retour au jeu. Selon le consensus de Zurich[5], nous devons faire progresser l’athlète selon un protocole en six étapes de retour au jeu. De plus, selon ce même consensus, le retour à la pratique normale du sport et aux contacts doit être autorisé par un médecin. Il est important de souligner que, pour les jeunes de moins de 20 ans, dont le cerveau n’a pas atteint sa maturité, le temps de récupération peut être plus long[6]. Parfois, il peut être nécessaire de recommander un congé des études durant la période symptomatique.

PROTOCOLE DE RETOUR AU JEU

En aucun cas l’athlète ne retournera au jeu le même jour. Il restera au repos complet, c’est-à-dire sans activités physiques ou cognitives durant la période symptomatique. Il doit avoir passé un minimum de 24 heures sans signes ou symptômes avant d’entreprendre le protocole qui suit.

  1. Repos complet (24 heures de repos après une journée asymptomatique)
  2. Exercices légers aérobiques (vélo, natation, jogging léger)
  3. Exercices spécifiques au sport (par exemple : lancer et passe au hockey, activité de course spécifique à la position au football)
  4. Entraînement complet sans aucun contact
  5. Entraînement complet avec contact (sur évaluation médicale pour autorisation au retour complet)
  6. Retour complet au jeu

Si tout au long des étapes du protocole, il y a réapparition de certains signes ou symptômes, un repos de 24 heures est nécessaire avant de reprendre à l’étape précédente.

iStock_000000379023_Small

UN RÔLE À L’EXTÉRIEUR DU TERRAIN

Le rôle du professionnel de la physiothérapie traitant des commotions cérébrales s’étend également à l’extérieur du terrain. En clinique privée, par exemple, nous traitons des athlètes pour des conditions musculo-squelettiques ou vestibulaires découlant de l’impact ayant causé la commotion cérébrale. C’est un moment privilégié pour nous d’éduquer la population et de faire connaître les risques associés à la poursuite d’une activité sportive lorsque des symptômes de commotion cérébrale se manifestent encore.

Grâce à notre position privilégiée comme professionnel de la santé auprès de la population, nous avons de nombreuses occasions de dépister des symptômes de commotion cérébrale chez différentes clientèles, que ce soit par exemple chez les accidentés de la route, les accidentés du travail ou chez les sportifs récréatifs. Les conséquences des commotions cérébrales étant préoccupantes, il est de notre responsabilité de reconnaître ces signes et symptômes, d’éduquer nos clients et de les orienter vers un médecin s’il y a lieu.

Heureusement, plusieurs outils et formations sont aujourd’hui offerts afin d’optimiser nos connaissances et compétences dans ce domaine. Mon expérience me montre que plus j’en connais sur les commotions, moins je prends de risques et plus je sais influencer en faveur d’un retour à la santé non seulement des athlètes, mais toutes les personnes susceptibles d’être victimes d’une commotion cérébrale.

Il existe maintenant une application SCAT 3 pour iPhone ou des fiches de poche qui peuvent aider à déceler les signes et symptômes d’une commotion cérébrale. 

Un SCAT 3 pour les enfants, le « Child-SCAT 3 », existe aussi. Celui-ci prend en considération les observations des parents et non les symptômes de l’enfant.
L’outil SCAT 3 est offert en anglais seulement. Il présente quelques différences avec le SCAT 2 (offert en français) en incluant des tests plus poussés sur le plan de l’équilibre et un « scan » cervical.

[1]Sport information Resource Centre [www.sirc.ca/newsletters/mid-nov11/index.html] (site consulté le 4 novembre 2013).

[2] Think First Canada [www.thinkfirst.ca/downloads/concussion/Q%20et%20R%20de%20commotions%20pour%20le%20public.pdf] (site consulté le 4 novembre 2013).

[3] Sport concussion library. [www.sportconcussionlibrary.com/content/sport-concussion-assessment-tool-3-scat3] (site consulté le 4 novembre 2013).

[4] McCrory et coll. « Consensus statement on concussion in sport: the 4th International Conference on Concussion in Sport held in Zurich, November 2012 », British Journal Sports Med, 2013;47: 250-258.

[5] McCrory et coll. op. cit.

[6] The MIT Center [hrweb.mit.edu/worklife/youngadult/brain.html] (site consulté le 5 novembre 2013)