Chronique de l’expert
Par Lucie Farmer, pht en collaboration avec la Direction du développement et du soutien professionnels (DDSP)

Par Lucie Farmer, pht
en collaboration avec la Direction du développement et du soutien professionnels (DDSP)

LES BRÛLURES CHEZ LA CLIENTÈLE PÉDIATRIQUE

Le présent article vise à informer les professionnels de la physiothérapie de leur rôle auprès des enfants atteints de brûlures et à susciter un intérêt pour ce domaine de pratique peu connu.

Il suffit parfois d’une seconde pour qu’un accident dommageable survienne, et avec des enfants, il semble que tout se passe à une vitesse encore plus impressionnante. Un simple bol de soupe laissé sur le coin de la table suffit pour causer des brûlures pouvant laisser des séquelles permanentes à un enfant.

Selon le Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT), plus de 50 % des brûlures chez les enfants sont causés par ébouillantement. Les autres causes des brûlures sont le feu, le contact avec des objets chauds, les explosions, les produits chimiques et les décharges électriques. Le type d’accident provoquant les brûlures est souvent lié au stade de développement de l’enfant. Par exemple, un café chaud peut être accidentellement renversé sur l’enfant en bas âge alors qu’il se trouve dans les bras d’un parent, ou lorsqu’il commence à se déplacer. À l’adolescence, on rencontre plus de brûlures à la suite de jeux avec le feu (p. ex. : jeu avec des allumettes, utilisation d’un accélérant dans un feu de camp, etc.).

Selon le SCHIRPT, il semble que la tête, le cou et les membres supérieurs soient atteints dans près de 65 % des cas de brûlures en pédiatrie.

Répartition selon l’âge de la clientèle souffrant de brûlures au CHU Sainte-Justine 

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Classification de la sévérité des brûlures et complications

La gravité des brûlures est déterminée par un ensemble de facteurs, dont la profondeur, la localisation et l’étendue de la brûlure.

La profondeur des brûlures est déterminée par une classification bien connue : le 1er degré, le 2e degré superficiel, le 2e degré profond et le 3e degré. Des interventions chirurgicales sont nécessaires pour les brûlures de 3e degré ainsi que pour plusieurs brûlures profondes de 2e degré. La peau des enfants étant plus fragile, les brûlures sont plus profondes chez cette clientèle que chez l’adulte, à une chaleur équivalente.

En pédiatrie, l’étendue des brûlures est exprimée en pourcentage . Le tableau de Lund et Browder illustré ci-dessous permet d’indiquer les proportions de la surface des parties brûlées selon l’âge. Mentionnons qu’une atteinte de plus de 10 % de la surface totale du corps est considérée comme une brûlure grave chez le nourrisson et l’enfant en bas âge. 

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Source : Société française des infirmières anesthésistes, http://sofia.medicalistes.org/spip/IMG/jpg/Lund_et_Browder.jpg (site consulté le 28 mai 2014) 

Finalement, la sévérité des brûlures a aussi un lien direct avec leur localisation. Les brûlures affectant le visage, les mains, les pieds, les parties génitales et les articulations ainsi que les brûlures circonférentielles demandent une attention particulière puisqu’elles pourraient limiter de façon importante les activités quotidiennes.

Le pronostic de guérison varie évidemment selon la gravité des brûlures. Il varie également selon la condition médicale antérieure du patient, son âge et sa condition psychologique.

Les complications possibles chez les brûlés sont nombreuses : infection, complications liées à l’immobilisation, rétractions cutanées, hypertrophie cutanée, contractures, prurit, douleurs, problèmes émotionnels et diminution de l’endurance ainsi que de la fonction. Il est à noter que les cicatrices hypertrophiques sont beaucoup plus fréquentes chez les enfants brûlés que chez les adultes. Le processus cicatriciel peut se prolonger jusqu’à deux ans après la brûlure. Pendant la croissance, ces cicatrices peuvent être à l’origine de changements structurels et de rétractions et entraîner, entre autres, scoliose, lordose ou cyphose. 

Les traitements

Il est difficile de prévoir de quelle façon la peau de l’enfant réagira et, conséquemment, quelle sera l’efficacité des traitements en physiothérapie. Chose certaine, l’absence de traitement est la pire solution.

En présence d’un grand brûlé, les objectifs de traitements sont les mêmes, que l’on soit en pédiatrie ou avec des adultes. Une différence majeure distingue cependant les enfants des adultes aux prises avec des brûlures : la croissance. La croissance nécessite évidemment de conserver une souplesse tissulaire qui peut être grandement diminuée, voire parfois annulée par les cicatrices des brûlures. Par ailleurs, l’ensemble des modalités de traitement demeure les mêmes qu’avec les adultes, mais elles seront intégrées par le jeu.

En phase aiguë, le nettoyage et le débridement se font généralement sous sédation et dans un bain à température tiède afin de limiter les douleurs ainsi que de diminuer l’anxiété et l’appréhension. La gestion de la douleur, de la peur et de l’anxiété chez les enfants est d’ailleurs la principale difficulté rencontrée lors des traitements. C’est d’ailleurs dans le but de diminuer l’appréhension face à la douleur que l’on implique l’enfant au maximum dans les différentes interventions, comme pour le changement de pansement.

Le positionnement, les exercices d’étirement et de renforcement, les techniques de massage et de mobilisation sont des interventions réalisées quotidiennement pour prévenir les déformations causées par la rétraction des cicatrices. Des vêtements compressifs et des orthèses sont aussi utilisés afin de permettre à la peau de guérir avec le moins de rétraction possible. Les vêtements sont habituellement ajustés aux trois mois ou selon la croissance de l’enfant.

Il ne faut pas oublier que le rôle du professionnel de la physiothérapie est également de favoriser le retour aux activités courantes à l’aide de divers exercices fonctionnels.

La participation des parents

La participation des parents est primordiale dans les interventions et fait partie intégrante de la réussite du traitement. Ils sont appelés à participer activement aux traitements, bien qu’ils puissent se sentir mal à l’aise par rapport aux soins qu’ils ont à prodiguer et aux exercices qu’ils doivent faire pratiquer. Il n’est pas rare que les parents éprouvent également un important sentiment de culpabilité. Le suivi post-hospitalisation incombant aux parents, la formation qui leur est donnée concerne généralement les différents exercices de mobilité, les massages et l’importance du port des vêtements compressifs.

Dans de rares cas, on rencontre la possibilité de se trouver en présence d’un enfant maltraité. En cas de doute, par exemple lorsque les parents donnent des versions différentes de l’accident, qu’ils ont tardé à consulter ou que le type de brûlure ne concorde pas avec leur histoire, il est de notre devoir de consulter les professionnels appropriés.

L’équipe interdisciplinaire

Dans le traitement des brûlures en pédiatrie, l’enfant et sa famille peuvent compter sur une équipe comprenant un grand nombre d’intervenants travaillant de façon complémentaire en interdisciplinarité. Les professionnels de la physiothérapie sont donc appelés à collaborer avec divers professionnels, dont l’ergothérapeute, l’infirmière, le médecin, le chirurgien plastique, le nutritionniste, le travailleur social, le psychologue, l’anesthésiste ainsi que les intervenants de la clinique de la douleur pour ne nommer que ceux-là. Cette équipe est primordiale à la réussite du traitement des brûlés. 

Le physiothérapeute et l’ergothérapeute ont des rôles complémentaires d’une grande importance. Ces professionnels travaillent en collaboration étroite avec l’équipe dans le but d’éviter des séquelles fonctionnelles et esthétiques à court, moyen et long terme, et ce, tout au long de la croissance. 

Et après…

Avec les enfants, le continuum de soins se poursuit généralement jusqu’à la fin de leur croissance. Tout au long de la période de croissance, les chirurgies reconstructives peuvent être nombreuses pour traiter les rétractions causées par les cicatrices et la peau qui a perdu son élasticité sur un corps qui grandit malgré tout. Chaque chirurgie impliquera un retour en physiothérapie afin de reprendre l’ensemble des traitements et d’optimiser le retour à la fonction.

Dans le contexte des brûlures, il est important d’agir en amont et de prévenir les accidents qui ont des impacts majeurs sur les enfants. Plusieurs outils sont d’ailleurs offerts à ce sujet[1].

Comme professionnel de la physiothérapie, une bonne gestion des émotions et de la créativité sont des qualités essentielles à posséder pour prodiguer ces traitements. C’est évidemment un défi de travailler avec des enfants qui ont subi de tels traumatismes, mais c’est un travail réellement gratifiant !


[1] - Hôpital de Montréal pour enfants. Les brûlures par liquide chaud [http://www.hopitalpourenfants.com/info-sante/traumatologie/brulure-par-liquide-chaud] (site consulté le 27 mai 2014).
- Hôpital de Montréal pour enfants. Les brûlures infotheque.cusm.ca/Files/21/2105fr.pdf] (site consulté le 27 mai 2014).
- CHU Sainte-Justine. Les brûlures mineures chez l’enfant : conseils pour la maison [https://www.chu-sainte-justine.org/documents/General/pdf/PDF-2011/brulures.pdf] (site consulté le 27 mai 2014).
- Parachute Canada, Eau chaude du robinet [http://www.parachutecanada.org/sujets-blessures/article/eau-chaude-du-robinet] (site consulté le 27 mai 2014).