Mot de la présidente
Presidente_Lucie-Forget

Par Lucie Forget, pht, M.A.
Présidente

LE TRAVAIL DES PHYSIOTHÉRAPEUTES ET DES THÉRAPEUTES EN RÉADAPTATION PHYSIQUE EN INTRADISCIPLINARITÉ : UN MODÈLE GAGNANT

La Révolution tranquille des années soixante a permis au Québec de prendre des décisions importantes pour son avenir, notamment en matière de santé, d’éducation et d’économie. Il suffit d’être un peu à l’écoute des débats sociaux récents pour constater à quel point les décisions prises par le Québec à l’époque reviennent fréquemment dans l’actualité. Elles alimentent les discussions sur des questions fondamentales comme, par exemple, le maintien d’un système de santé public ou de frais de scolarité inférieurs à la moyenne en Amérique du Nord.

Or, la création des cégeps en 1967 ainsi que des programmes techniques en réadaptation physique a modifié l’offre en personnel compétent dans le champ de la physiothérapie, réservé jusqu’alors aux physiothérapeutes. Le Code des professions de 1973 (entré en vigueur en 1974) a quant à lui protégé le titre des physiothérapeutes. En effet, avant la loi 90 de 2002, il n’y avait pas de reconnaissance d’activités professionnelles réservées. Le travail fait par les T.R.P. ne faisait donc pas l’objet de dispositions sur le plan juridique puisqu’ils ne portaient pas le titre de physiothérapeute. Avec la loi 90, l’Office a dû reconnaître la nécessité d’encadrement des T.R.P., ce qui a mené à l’intégration des T.R.P. à l’OPPQ en 2003.

LES DÉBUTS DE L’INTRADISCIPLINARITÉ[1]

Si nos deux professions se sont surtout développées en parallèle pendant plus de 20 ans, les discussions et les travaux effectués par le gouvernement dans les années 1990 ont amené les physiothérapeutes et les T.R.P. à une même table de discussion. Les constats dégagés à l’époque ont été nombreux, le principal étant que ce développement en parallèle ne favorisait pas le travail d’équipe en physiothérapie. En effet, le fait d’ignorer l’existence ou la compétence des uns et des autres ne menait nulle part. Par ailleurs, en procédant à l’intégration d’un groupe de professionnels à un autre, l’Office confiait au nouvel Ordre ainsi constitué un mandat important qui devait mettre à l’épreuve notre capacité d’assurer, ensemble, l’autogestion de nos deux catégories de membres. Chacun devait donc apprendre à connaître et à comprendre les compétences de l’autre, une démarche qui s’était déjà amorcée dans plusieurs milieux de travail à partir des années 1990.

L’INTÉRÊT SUPÉRIEUR DES PATIENTSSenior man with physical therapists using fitness balls

L’objectif ultime de notre démarche professionnelle commune est très simple : l’intérêt des patients. Les équipes de travail qui ont fait l’exercice de placer le patient au centre de leurs décisions sont parvenues à élaborer des modèles optimaux à la fois pour les patients et pour leurs professionnels. Dans cette optique, l’adoption du Règlement sur les catégories de permis délivrés par l’OPPQ (94m) a campé le cadre dans lequel les compétences des T.R.P. s’exercent au seuil d’entrée sur le marché du travail. Ce règlement et les outils explicatifs élaborés par l’Ordre permettent maintenant à tous les acteurs d’être bien informés.

UN MODÈLE À ENSEIGNER

L’Ordre ne saurait assez insister auprès des maisons d’enseignement collégial et universitaire sur l’importance cruciale d’enseigner aux futurs membres le travail en intradisciplinarité. En effet, c’est pendant les années consacrées à la formation initiale que doit se faire l’acquisition de toutes les compétences essentielles à l’entrée sur le marché du travail pour les physiothérapeutes et les thérapeutes en réadaptation physique.

Heureusement, la majorité des maisons d’enseignement ont pris ce virage depuis quelques années. Des initiatives novatrices ont vu le jour et différentes activités pédagogiques permettent maintenant aux finissants universitaires de partager avec leurs collègues finissants du niveau collégial les notions de base sur les différences de leur formation respective. Plus directement, ces rencontres permettent d’échanger sur des moyens concrets de travailler en intradisciplinarité grâce à des études de cas ou des témoignages provenant de cliniciens physiothérapeutes et T.R.P. qui appliquent cette forme de collaboration au quotidien.

Il est important pour les nouvelles maisons d’enseignement offrant l’une ou l’autre des formations initiales de suivre ces exemples ou de mettre au point d’autres façons de faire, toujours avec le même objectif de délivrer des diplômes à des professionnels capables de travailler autant en intradisciplinarité qu’en interdisciplinarité.

L’IMPORTANCE DES STAGES

En physiothérapie, la formation pratique acquise pendant les divers stages fait partie intégrante de l’enseignement depuis toujours. Il est d’autant plus important que les milieux de stage offrent aux étudiants des deux niveaux de formation ce contact avec la réalité du travail en intradisciplinarité. C’est en travaillant ensemble dès l’étape des stages que les futurs physiothérapeutes et T.R.P. apprendront graduellement à maîtriser les compétences requises pour un travail d’équipe optimal. À leur tour, les membres accueillant des stagiaires dans tous les milieux pourront profiter des nouvelles situations d’apprentissage en intradisciplinarité pour mettre à jour leurs propres connaissances des bases théoriques et pratiques du cadre réglementaire en physiothérapie (Règlement 94m, Code de déontologie, etc.)

UNE OCCASION DE DÉVELOPPEMENT POUR NOS DEUX PROFESSIONS

La réalité démographique du Québec de demain nous mettra certainement au défi comme professionnels de la physiothérapie. Les chercheurs et les décideurs nous inondent de statistiques qui, depuis plusieurs années, vont dans le même sens : celui du nombre grandissant de personnes qui auront besoin de traitement en physiothérapie. Et si l’on regarde l’ensemble du portrait, tout nous porte à croire que la pression continuera de s’exercer afin que nous en fassions toujours plus avec des ressources financières limitées par notre capacité de payer comme société.

L’intradisciplinarité est donc un modèle de pratique gagnant pour nos deux groupes de professionnels qui peuvent ainsi unir leurs forces et s’offrir des occasions de développement respectif. Les physiothérapeutes pourront jouer des rôles avancés grâce à l’optimisation et la reconnaissance de leur évaluation diagnostique et de leur rôle de « référent », pendant que les T.R.P. pourront s’épanouir dans leur démarche clinique auprès d’une variété grandissante de patients dans des milieux de travail réservés jusqu’alors aux physiothérapeutes.

Dans de prochains articles sur l’intradisciplinarité, nous vous présenterons des initiatives de milieux d’enseignement et de milieux de soins qui ont fait de l’intradisciplinarité une réalité enseignée et vécue au quotidien dans l’intérêt supérieur des patients et de la physiothérapie.


[1]  Intradisciplinaire : qui concerne les relations à l'intérieur d'une discipline, d'un domaine scientifique. Source : Office québécois de la langue française  
Cette définition suit le modèle du terme interdisciplinaire (qui désigne des relations entre plusieurs sciences ou disciplines), avec comme suffixe « intra » qui signifie « à l’intérieur ».