Bureau du syndic
Par Louise Gauthier, pht, LL. M., Syndique

Par Louise Gauthier, pht, LL. M.
Syndique

LE TRAITEMENT EST UNE CHOSE, LA FACTURATION EN EST UNE AUTRE

Les caractéristiques sociodémographiques de la population amènent les professionnels de la physiothérapie à prodiguer des soins à une clientèle de plus en plus diversifiée aux prises avec des problèmes de santé plus ou moins complexes. La pratique professionnelle peut donc devenir un défi pour le membre qui doit à la fois respecter ses obligations déontologiques et rendre des services de qualité dans un contexte économique difficile. 

Face à cette réalité, il est important de prendre du recul et de se poser la question suivante : le client non assuré, le client prestataire d’un régime privé d’assurance, le client bénéficiaire d’un régime public comme la CNESST ou la SAAQ et le client âgé de plus de 65 ans reçoivent-ils un traitement de physiothérapie adapté à leurs besoins ?

Physio-Québec Édition Automne-Hiver 2016

Des services de qualité avant tout

Rien ne peut excuser le professionnel qui ne prend pas tous les moyens à sa portée pour assurer la qualité et la disponibilité de ses services professionnels afin d’améliorer le rendement fonctionnel du client (art. 5 du Code de déontologie). Tout client qui se présente en physiothérapie a le droit d’obtenir le traitement de qualité que requiert sa condition physique.

Un traitement de physiothérapie doit être prodigué dans son intégralité au client et ne peut être fractionné. Certains professionnels de la physiothérapie proposent à leurs clients un demi-traitement ou des « extras » : ces notions doivent être supprimées de la pratique professionnelle, car elles supposent que le traitement donné est incomplet. La nature du traitement rendu au client doit correspondre aux meilleures pratiques en physiothérapie et non pas dépendre d’une conduite professionnelle discriminatoire.

Un traitement et une facturation équitables

Que le traitement de physiothérapie soit offert au travailleur accidenté ou à une personne de 65 ans et plus, la démarche clinique doit suivre les règles déontologiques en vigueur pour toute personne qui voudrait consulter un professionnel en physiothérapie.

Une réflexion sérieuse s’impose lorsque nous constatons le nombre élevé de traitements de physiothérapie donnés à certaines clientèles malgré la stabilité de leur condition ou la récurrence des modalités physiothérapiques sur une longue période.

Il est important de rappeler que la qualité de la prestation de soins ne se mesure pas au nombre de traitements donnés ni à celui des modalités effectuées sur le client, mais au suivi diligent de sa condition et des interventions pertinentes réalisées afin d’atteindre un rendement fonctionnel optimal pour son état. Le traitement est une chose, la facturation en est une autre.

Selon l’article 68 du Code de déontologie des physiothérapeutes et des thérapeutes en réadaptation physique, le membre doit considérer certains facteurs pour fixer ses honoraires, notamment son expérience, le temps consacré au traitement et le niveau de difficulté que celui-ci comporte. Lorsque le client est informé de ces éléments et y consent, demander un tarif justifié par la situation ne pose pas de problème en soi. Le danger survient lorsqu’on demande un montant qui privilégie une clientèle plus qu’une autre, pour le même type de traitement et pour une condition similaire. Cette façon d’agir va à l’encontre de la déontologie professionnelle et plus particulièrement du principe d’équité envers la clientèle traitée. Par exemple, demander un tarif différent à un client en raison de ses conditions de remboursement par son assurance privée est inacceptable.

Certaines interventions en physiothérapie peuvent être plus coûteuses pour le client, dont la puncture physiothérapique, la rééducation périnéale et le traitement de plusieurs régions du corps lors d’une même séance. Cela constitue une raison de plus de bien expliquer ces facteurs au client et d’obtenir son consentement quant à la suite de la démarche clinique et à la tarification qui en découle.

Une pratique irréprochable en tout temps

La situation économique actuelle, l’abondance de cliniques privées, l’augmentation de l’offre de services dans des domaines connexes à la physiothérapie, la difficulté de maintenir des revenus intéressants dans un milieu concurrentiel, entre autres, poussent parfois les professionnels à chercher des façons de maintenir leur rentabilité à un niveau acceptable. Toutefois, il faut se rappeler qu’intervenir en physiothérapie auprès de la clientèle qui met toute sa confiance dans le professionnel est un privilège. Agissons en respectant la déontologie professionnelle et en traitant chaque personne de manière juste et diligente.