Mot de la présidente
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Lucie Forget, pht, M.A.
Présidente

Le raisonnement clinique et le diagnostic du physiothérapeute au cœur de nos professions

À la demande de plusieurs membres, je vous présente les dernières informations relatives à la question du diagnostic en physiothérapie. À titre de présidente de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec, je peux vous confirmer toute l’importance que les membres du conseil d’administration de l’Ordre ont accordée à ce sujet au cours des dernières années. Cela s’est traduit par un travail rigoureux tant de la part du personnel de l’Ordre que des physiothérapeutes du groupe de travail [1] ad hoc dirigé par M. Luc J. Hébert, qui ont diffusé les résultats des travaux et la position de l’Ordre au regard du diagnostic émis par les physiothérapeutes.

LE DIAGNOSTIC DU PHYSIOTHÉRAPEUTE : UNE OBLIGATION PROFESSIONNELLE

En 2012, l’Ordre a remplacé dans le Guide sur la tenue des dossiers le terme « raisonnement clinique (impression clinique) » par celui de « diagnostic émis par le physiothérapeute », qui se définit ainsi : « Le diagnostic émis par le physiothérapeute est la conclusion qui découle du processus d’évaluation du physiothérapeute et qui identifie la nature et la sévérité du problème de santé et ses répercussions sur le plan du fonctionnement de l’individu en lien avec ses facteurs contextuels (facteurs personnels et environnement). Le libellé du diagnostic émis par le physiothérapeute reflète la qualité de son raisonnement clinique et de son expertise unique. Le libellé diagnostic doit être suffisamment détaillé pour permettre d’orienter le traitement et guider la conception du plan de traitement et le choix des interventions les mieux indiquées. »

À la lecture de cette définition, il nous paraît improbable que l’on confonde le diagnostic émis par un physiothérapeute avec le diagnostic médical. Depuis 2010, l’OPPQ adapte graduellement ses outils de communication en utilisant l’expression « diagnostic du physiothérapeute ». L’Ordre considère le raisonnement clinique du physiothérapeute et la conclusion de son évaluation comme étant le propre de l’activité d’évaluation à portée diagnostique du physiothérapeute.

Les physiothérapeutes doivent être capables de rendre la conclusion de leur évaluation explicite et de l’exprimer clairement dans un langage commun, et ce, afin d’être un bon référent pour les T.R.P. et de partager leurs décisions avec les gestionnaires et les membres de l’équipe multidisciplinaire.

BREF HISTORIQUE

Au début des années 2000, la nécessité de mieux traduire par écrit le résultat de l’analyse et du raisonnement clinique effectué par les physiothérapeutes à la suite de leur évaluation s’est imposée. Du fait que les physiothérapeutes utilisaient depuis de nombreuses années une méthode commune pour structurer leurs rapports dans les dossiers des patients (SOAPIE), force était de constater que le contenu de l’analyse (A) et la façon de la rédiger variaient d’un physiothérapeute à l’autre. La seule balise qui figurait alors dans le Guide sur la tenue des dossiers était que le physiothérapeute était tenu de conclure son évaluation par une liste de problèmes, l’exposition de son raisonnement clinique (impression clinique) et des objectifs à atteindre à court et à long terme.

Afin de qualifier et de structurer le contenu du résultat de l’évaluation diagnostique des physiothérapeutes, l’OPPQ a entrepris une réflexion qui a mené en 2006 à la création d’un groupe de travail ad hoc sur la question du diagnostic en physiothérapie. En 2009, ce groupe remettait son rapport final intitulé : Proposition d’une définition conceptuelle du diagnostic émis par le physiothérapeute.

Le travail du groupe a permis de confirmer la pertinence de la réflexion et des décisions que l’OPPQ a prises au cours des années 2000. Le niveau de responsabilité du physiothérapeute au Québec en 2009 imposait à celui-ci de conclure son évaluation par un énoncé résumant le résultat de son raisonnement clinique : son diagnostic.

Je vous invite à lire l’encadré « Environnement externe » qui résume les principaux événements qui ont contribué à ces conclusions.

COMMENT LE LIBELLER ?

L’OPPQ prend note que certains physiothérapeutes rédigent leurs diagnostics en remplissant des formulaires d’évaluation imposés par leurs milieux de travail ou encore des rapports standardisés. Pour les autres physiothérapeutes, un libellé a été proposé par le groupe de travail et l’OPPQ à l’issue des travaux du comité ad hoc. Ce libellé s’adapte bien aux différentes réalités cliniques et l’OPPQ est fier d’en faire la promotion.

Dans toutes les universités, les futurs physiothérapeutes reçoivent une formation pour émettre un diagnostic. La maîtrise de cette compétence est de fait jugée essentielle à l’obtention de l’agrément des programmes par l’organisme canadien qui en est responsable. L’Ordre ne peut que saluer le travail réalisé à cet égard dans les programmes de formation universitaire.

L’OPPQ prie les physiothérapeutes d’expérience d’emboîter le pas. À cet égard, plusieurs outils sont offerts sur son site Web [2]. Les quelque 1 000 physiothérapeutes ayant déjà complété une formation sur le sujet nous ont assuré que la qualité de leur analyse et de leur raisonnement clinique s’est améliorée au bénéfice de leurs patients et de leurs collaborateurs.

Une autre réalité a été portée à notre attention : la formation de la relève chez les physiothérapeutes. En effet, plusieurs physiothérapeutes sont sollicités pour agir comme superviseurs de stage à un moment ou à un autre de leur carrière. Ces derniers sont des experts et des mentors inestimables pour nos jeunes finissants à la maîtrise : ainsi, par souci de cohérence, nous invitons chaque physiothérapeute à rédiger un diagnostic à la fin de son processus d’évaluation.

Le diagnostic du physiothérapeute constitue désormais une obligation professionnelle et une nécessité absolue pour le développement et le rayonnement de la profession. La forme du libellé n’est pas imposée et peut s’adapter aux exigences des différents milieux de travail. Il n’appartient pas à l’OPPQ de juger de la forme du libellé, mais bien de s’assurer que son contenu soit conforme aux exigences des bonnes pratiques en physiothérapie.

UN PRÉALABLE AUX « PRATIQUES AVANCÉES »

Plusieurs physiothérapeutes souhaitent ardemment que leur expertise soit mieux utilisée et reconnue. À cet égard, l’Ordre et ses membres travaillent activement à proposer de nouveaux modèles de service où la compétence actuelle des physiothérapeutes pourrait être exploitée au maximum. Ces nouvelles pratiques, ces nouveaux rôles exigent de la part des physiothérapeutes une capacité d’analyse de l’ordre du diagnostic. L’énoncé de ce diagnostic, qui situe concrètement la spécificité de son évaluation et de ses conclusions comme physiothérapeute, permettra aux décideurs d’apprécier la valeur ajoutée que représente ce professionnel pour le système de santé québécois.


ENVIRONNEMENT EXTERNE

 

Trois éléments ont contribué à une vaste réflexion de l’Ordre sur la question du diagnostic du physiothérapeute : 1. Des décisions à portée légale sur l’activité a) (évaluer la fonction neuromusculosquelettique d’une personne présentant une déficience ou une incapacité de sa fonction physique), dans la foulée des lois 90 et 21. 2. Le rehaussement de la formation initiale des physiothérapeutes au niveau de la maîtrise. 3. L’intégration des T.R.P. à l’OPPQ.

 

  1. En 2005, la « Cour d’appel du Québec a reconnu aux chiropraticiens le droit de poser un diagnostic dans leur domaine de compétence »[3]. Aussi, de récents travaux dans le secteur de la santé mentale (loi 21) sont venus appuyer cette décision. Au sujet de l’activité touchant l’évaluation, les coprésidents de la Table d’analyse de la situation des techniciens œuvrant dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines ont conclu : « Selon nous, ces évaluations, incluant leurs conclusions ont statut d’autorité. La communication de ces conclusions comporte des risques de préjudice, des conséquences qui peuvent être irrémédiables et dont l’expert est imputable. Ce sont donc des évaluations différentielles ou multifonctionnelles de type diagnostic dont il s’agit.[4] »

    Il est à noter que cette position est tout à fait cohérente avec celle du conseil d’administration de l’OPPQ qui, dès 2007, concluait que l’activité relative à l’évaluation en physiothérapie est réservée aux physiothérapeutes.

  2. Le rehaussement de la formation initiale des physiothérapeutes au niveau de la maîtrise a permis principalement l’ajout de compétences liées à la capacité d’analyse, au raisonnement clinique et à l’autonomie professionnelle des physiothérapeutes tout au long de leur processus de travail. Ainsi, la formation de 2e cycle amène les futurs cliniciens à appuyer leurs décisions, qui découlent de l’évaluation de la condition de chaque patient, sur des bases scientifiques. Le processus de raisonnement clinique doit donc nécessairement aboutir à une conclusion : le diagnostic du physiothérapeute. Une formation spécifique sur le processus décisionnel conduisant au diagnostic du physiothérapeute est maintenant donnée dans l’ensemble des universités du Québec.
  3. L’intégration des T.R.P. à l’OPPQ a permis de camper dans un règlement (94m) le rôle de référent du physiothérapeute. L’évaluation diagnostique de celui-ci devient la pierre angulaire de la bonne prise en charge des patients par un T.R.P. en intradisciplinarité puisque, partageant le même champ de pratique, ces deux professionnels doivent continuellement communiquer entre eux dans l’intérêt supérieur des patients.

[1] La liste des membres du comité est présentée aux pages 8 à 12 du rapport Proposition d’une définition conceptuelle du diagnostic émis par le physiothérapeute.

[2] L’Ordre a donné une place privilégiée à ce sujet lors de ses congrès en 2010 et 2011. De nombreux outils sont offerts aux physiothérapeutes intéressés à en apprendre plus sur cette question : rapport Proposition d’une définition conceptuelle du diagnostic émis par le physiothérapeute en ligne, présentations PowerPoint en ligne, capsule d’information en ligne, cours de formation continue offerte au programme de l’Ordre, etc.

[3] Proposition d’une définition conceptuelle du diagnostic émis par le physiothérapeute, p. 26.

[4] Rapport des coprésidents de la Table d’analyse de la situation des techniciens œuvrant dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines, février 2011, p. 20.