Chronique étudiante

Le PROTOCOLE SPRINT : PRÉVENIR LE DÉCONDITIONNEMENT CHEZ LA PERSONNE ÂGÉE HOSPITALISÉE

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Par Andréanne Juneau et Marie-Michèle Côté, physiothérapeutes, M. Sc., diplômées du programme de physiothérapie, École de réadaptation, Université de Montréal en 2012

François Dubé, physiothérapeute à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et professeur adjoint de clinique, programme de physiothérapie, École de réadaptation, Université de Montréal

Philippe Nguyen, professeur adjoint de clinique, programme de physiothérapie, École de réadaptation, Université de Montréal

 

Projet réalisé dans le cadre d’un stage clinique à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) à l’été 2012.

Le déconditionnement atteint de 30 % à 50 % des personnes âgées hospitalisées[1]. Il s’agit des effets néfastes causés par la diminution de la mobilisation et l’alitement prolongé. Il en résulte une perte de force musculaire et un déclin fonctionnel[2]. Bien que ses effets soient généralement réversibles, il a un impact négatif sur l’autonomie de la personne âgée[3,4]. 

Le Protocole SPRINT (SPécifique au Réentraînement en INTerdisciplinarité) a été conçu afin de prévenir le déconditionnement d’une personne âgée hospitalisée ou de favoriser son réentraînement grâce à la participation active de la personne, de ses proches ainsi que du personnel soignant. Le protocole résulte d’une collaboration à l’été 2012 entre deux physiothérapeutes et deux stagiaires à la maîtrise en physiothérapie de l’Université de Montréal dans le cadre d’un projet clinique à l’unité de courte durée gériatrique (UCDG) de l’IUGM. Les objectifs de cet article sont de 1) présenter la recension des écrits en lien avec le déconditionnement qui a mené à l’élaboration du protocole et 2) décrire brièvement le protocole. Le guide d’utilisation du protocole SPRINT peut être téléchargé gratuitement en format PDF sur le site Impact clinique en physiothérapie gériatrique.

DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE

Le protocole a été conçu pour répondre aux besoins de l’UCDG de l’IUGM sur la base de données probantes présentées dans la littérature. La recension des écrits a été effectuée d’avril à août 2012 dans les bases de données Medline et Embase, à l’aide des mots-clés functional decline, geriatric, elder, hospital, mobility, interdisciplinarity, multidisciplinary et deconditioning. La version définitive du protocole a été rédigée à la suite de plusieurs consultations informelles auprès de l’équipe interdisciplinaire de l’UCDG et des physiothérapeutes de l’IUGM, ainsi qu’après une période d’essai auprès de la clientèle cible. 

RÉSUMÉ DE LA LITTÉRATURE

Dans une revue systématique, Kortebein (2009) rapporte que plusieurs définitions du terme déconditionnement (deconditioning) existent dans la littérature[3]. Certaines sources citées le définissent comme une perte de force physique due à l’incapacité de maintenir un niveau d’activité physique optimal[3]. D’autres, comme les multiples changements dans la physiologie de différents organes induits par l’inactivité et réversibles par l’activité[3]. Selon Buschbacher et Porter (2000), « syndrome de déconditionnement » devrait être le terme utilisé puisqu’il s’agit des complications de l’immobilisation[5]. Siebens et coll. (2000) différencient le déconditionnement aigu, qui se produit dans les premiers jours ou semaines d’inactivité, du déconditionnement chronique, qui provient d’une inactivité prolongée sur plusieurs mois et années[6]. Ainsi, le déconditionnement est le terme utilisé en clinique pour désigner un déclin fonctionnel significatif et il est le résultat d’un phénomène cumulatif multifactoriel[3]. 

L’hospitalisation chez les personnes âgées est un facteur de risque important du déclin fonctionnel[2]. Grant et coll. (2011) rapportent une diminution significative du nombre de transferts assis à debout effectués dans une journée chez les personnes âgées hospitalisées[7]. La réduction d’activité lors d’une hospitalisation, incluant l’immobilisation et l’alitement, peut s’accompagner d’une diminution de force musculaire aux membres inférieurs et d’un déclin fonctionnel en milieu hospitalier[2,3].

Plusieurs auteurs ont démontré qu’un programme d’entraînement a des effets bénéfiques sur la personne âgée. Dans une revue systématique publiée dans The Cochrane Collaboration, de Morton et coll. (2009) rapportent, pour une population de personnes âgées hospitalisées en soins aigus, qu’un programme d’intervention multidisciplinaire qui inclut un programme d’exercices peut augmenter la proportion de retours à domicile et réduire la durée de séjour et les coûts associés à l’hospitalisation[8]. Certains auteurs rapportent que l’utilisation d’un programme d’exercices incluant l’exécution de transferts assis à debout quotidiens pourrait permettre un retour à une vie autonome[7]. L’Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier publiée par le Gouvernement du Québec sous la direction de Kergoat (2011) préconise également une mobilisation rapide et constante pendant l’hospitalisation afin d’éviter les conséquences néfastes du déconditionnement[2]. L’American College of Sports Medicine (ACSM) recommande minimalement, par semaine, pour une clientèle âgée saine, cinq séances de 30 minutes d’exercices aérobiques, deux séances de renforcement de huit exercices et deux à trois séances d’exercices d’équilibre par semaine[9]. Aucune ligne directrice n’a été recensée concernant les personnes âgées hospitalisées. 

So et coll. (2012), dans une étude précisant les facteurs motivationnels à exécuter des exercices, rapportent que les encouragements de la part du personnel soignant représentent un aspect important pour les personnes âgées hospitalisées[4]. Ils précisent également que le manque de soutien des intervenants constitue une barrière à l’exercice[4]. Il est donc important que les proches aidants, tout comme le personnel soignant, encouragent la personne à se mobiliser quotidiennement de façon sécuritaire afin de favoriser son réentraînement. 

Le protocole SPRINT, combiné aux interventions habituelles lors de l’hospitalisation, est un outil permettant de faire participer toutes les personnes intervenant au chevet de la personne hospitalisée afin d’augmenter son niveau d’activité physique. Il vise donc à éviter le syndrome d’immobilisation en appliquant les recommandations de l’Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier[2] et celles de l’ACSM[9] en lien avec l’activité physique chez les personnes âgées. 

DESCRIPTION DU PROTOCOLE

Le protocole SPRINT peut être mis en pratique tant par la famille et les proches que par l’équipe soignante de la personne hospitalisée. La classification du protocole, inspirée de celle de Jones et coll. (2006)[1], comprend quatre catégories représentant différents niveaux de mobilité. Chaque catégorie comprend un exercice qui peut être supervisé par les proches ou le personnel soignant. Certaines catégories comprennent également un deuxième exercice qui doit être supervisé, par mesure de sécurité, par un intervenant qualifié. Des illustrations (figure 1) sont utilisées pour expliquer les exercices à compléter. Des dépliants décrivant le protocole sont aussi remis aux proches et autres intervenants. Une feuille de route (figure 2) affichée au chevet est remplie par les proches et les membres de l’équipe de soins et sert à documenter le niveau d’activité de la personne hospitalisée. Les exercices peuvent être effectués plusieurs fois par jour selon la tolérance du sujet. 

Avant de prescrire le protocole SPRINT à une personne hospitalisée, le physiothérapeute doit s’assurer :

1)     que la personne est stable médicalement et capable de tolérer les exercices de la catégorie prescrite ;

2)     que les proches et tous les intervenants sont capables de lui faire effectuer les exercices prescrits en toute sécurité. 

Une évaluation en physiothérapie permet de placer la personne dans la bonne catégorie pour un réentraînement optimal. Le jugement clinique du physiothérapeute est primordial afin d’assurer la sécurité de la personne, de ses proches et de l’équipe de soins dans l’exécution des exercices. Les détails de l’application du protocole sont présentés dans le guide d’utilisation.

Figure 1 : Exemples d’illustrations du SPRINT 

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Figure 2 : Feuilles de route

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CONCLUSION 

Les données probantes montrent que les personnes âgées hospitalisées sont à risque de déconditionnement en raison, entre autres, de l’immobilisation. Fondé sur ces données, le protocole SPRINT permet d’outiller les proches et le personnel soignant afin de prévenir le déconditionnement ou de favoriser le réentraînement de ces personnes. Il est primordial que toutes les personnes qui entrent en contact avec la personne hospitalisée soient sensibilisées aux risques de l’immobilisme et au rôle qu’elles peuvent jouer pour l’éviter en utilisant le protocole. L’efficacité du protocole repose sur la participation de tous.

REMERCIEMENTS

Les auteurs souhaitent remercier tous les membres de l’équipe de l’UCDG ainsi que tous les membres du service de physiothérapie de l’IUGM ayant participé au développement du protocole.

Pour toute correspondance, communiquez avec M. Dubé à : francois.dube.2@umontreal.ca.


[1] Jones, C.T., et coll. « A randomised controlled trial of an exercise intervention to reduce functional decline and health service utilisation in the hospitalised elderly »,Australasian Journal on Aging, 2006, 25(3), p. 126-133. 

[2] Kergoat, M.J. (sous la direction de). Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier, Montréal, Institut universitaire de gériatrie de Montréal, CSSS et Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, 2011. 

[3] Kortebein, P. « Rehabilitation for hospital-associated deconditioning »,American Journal of Physical Medicine & Rehabilitation, 2009, 88(1), p. 66-77. 

[4] So, C. et Pierluissi, E. « Attitudes and Expectations Regarding Exercise in the Hospital of Hospitalized Older Adults: A Qualitative Study », Journal of the American Geriatrics Society, 2012, 60, p. 713-718. 

[5] Siebens, H., et coll. « A randomized controlled trial of exercise to improve outcomes of acute hospitalization in older adults »,Journal of the American Geriatrics Society, 2000, 48(12), p. 1545-52. 

[6] Buschbacher, R.M. et Porter, C.D. « Deconditioning, conditioning, and the benefits of exercise », in Braddom, R.L. (éd.), Physical Medicine and Rehabilitation, 2e édition, Philadelphie, Saunders, 2000, p. 702-26. 

[7] de Morton, N., Keating, J.L. et Jeffs, K. « Exercise for acutely hospitalised older medical patients (Review) », The Cochrane Collaboration, 2009, 1, p. 1-42. 

[8] Grant, M. et coll. « Daily and hourly frequency of the sit to stand movement in older adults : a comparison of day hospital, rehabiliation ward and community living groups », Aging Clinical and Experimental Research, 2011, 23, p. 437-444. 

[9] ACSM. Guidelines for Exercise Testing and Prescription, 8e édition, 2010.