Bureau du syndic
Par Louise Gauthier, pht, LL. M., Syndique

Par Louise Gauthier, pht, LL. M.
Syndique

Le champ de la physiothérapie : nommons les choses pour ce qu’elles sont !

Au fil des années, nos professions se sont développées en regard des grandes évolutions scientifiques et sociales. Aujourd’hui, plusieurs professionnels exercent dans des sphères de la santé autrefois méconnues et ont développé des domaines de pratique variés. Parmi eux, citons la pédiatrie (pour le traitement de la plagiocéphalie, par exemple), la rééducation périnéale et pelvienne ou encore la rééducation vestibulaire. 

À cet égard, toute intervention en physiothérapie doit être conforme au champ de pratique tel que décrit dans le Code des professions(1). À sa lecture, il est possible de constater que le champ descriptif de la physiothérapie demeure très large et couvre de nombreux domaines d’intervention, par exemple, l’orthopédie, la neurologie, la rhumatologie, la cardiologie ou la pneumologie.

Notre champ, l’un des plus stimulants du domaine de la santé, nous permet de développer nos connaissances de manière inimaginable, d’établir une relation professionnelle étroite avec nos clients et de pratiquer une diversité d’interventions dans le but d’optimiser leur rendement fonctionnel optimal.

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La diversité des interventions cliniques en physiothérapie

De nouvelles techniques, approches et interventions cliniques se développent sans cesse. Or, plusieurs membres de notre Ordre se demandent si ces dernières relèvent du champ de la physiothérapie et si elles peuvent être utilisées — et nommées — comme telles. 

L’important demeure de s’assurer d’être perspicace dans le choix de ces techniques afin de veiller à ce que notre profession s’exerce à l’intérieur des normes généralement reconnues de la science et de la pratique de la physiothérapie(2).

Cela dit, et dans le respect des obligations déontologiques encadrant l’exercice de la profession, il est tout à fait possible pour les professionnels de la physiothérapie d’utiliser différentes approches de traitement pour lesquelles ils ont la compétence et le droit d’exercice selon leur catégorie de permis.

Par exemple, l’approche McKenzie, la rééducation posturale globale (RPG), l’approche Bobath, la facilitation proprioceptive neuromusculaire (PNF), la puncture physiothérapique (attestation requise), les manipulations périphériques ou vertébrales (attestation requise), l’électrothérapie, les techniques myofasciales sont quelques moyens mis à la disposition de nos membres pour traiter différentes conditions physiques. Ce qu’il faut retenir, c’est que ces techniques diverses doivent être appliquées par un professionnel de la physiothérapie, dans le cadre d’un raisonnement clinique en physiothérapie et basé sur une finalité qui respecte le champ de pratique de la physiothérapie, c’est-à-dire le rendement fonctionnel optimal. 

Plusieurs membres de notre Ordre, par exemple, s’adonnent à une pratique en physiothérapie avec approche ostéopathique. Dans cette optique, nous pouvons constater que de nombreuses interventions utilisées en physiothérapie, telles que les techniques myofasciales et plusieurs mobilisations, sont aussi des modalités utilisées en ostéopathie. Toutefois, il faut que le professionnel de la physiothérapie réalise ses interventions dans le cadre d’un plan de traitement en physiothérapie.

Dans le dossier, nommons les interventions pour ce qu’elles sont

C’est dans ce contexte que nous devons aussi considérer les notes au dossier du client. Dans l’exercice de la physiothérapie, les membres doivent éviter de décrire les traitements de manière générale et doivent plutôt désigner les interventions réalisées par leur appellation précise. Ainsi, si vous utilisez l’approche McKenzie auprès d’un client, il est recommandé de décrire le geste posé et non uniquement de mentionner de manière générale et générique que cette approche est utilisée.

Il en est de même pour la physiothérapie avec « approche ostéopathique ». Cette terminologie est à bannir de notre vocabulaire en matière de tenue des dossiers. La technique utilisée doit être décrite pour ce qu’elle est. Par exemple, si vous faites une technique myofasciale au niveau de la musculature pelvienne en postérieur, il faudra l’inscrire ainsi. Dans cette approche, nommer de façon générale vos interventions comme des « techniques ostéopathiques » est ambigu et ne définit pas précisément les gestes posés.

N’oublions pas que le dossier du client doit refléter vos interventions cliniques lors de la prise en charge et du suivi, de manière à ce que tout autre professionnel puisse être en mesure de comprendre ce qui a été fait auprès du client.

Se réapproprier son champ d’exercice 

En conclusion, j’invite grandement nos professionnels de la physiothérapie à se réapproprier les techniques, les interventions et les approches thérapeutiques qui sont comprises dans le champ de la physiothérapie et à les nommer par leur nom, c’est-à-dire des techniques, interventions et approches en physiothérapie !

Ainsi, le physiothérapeute et le thérapeute en réadaptation physique pourront contribuer à enrichir l’exercice de leur profession par tout type de formation qui respecte le cadre réglementaire du champ de pratique de la physiothérapie selon leur catégorie de permis.

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(1) Article 37 n) du Code des professions.
(2) Article 6 du Code de déontologie des physiothérapeutes et des thérapeutes en
réadaptation physique.