Chronique du clinicien

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LA PRISE EN CHARGE DES TROUBLES DE MOBILITÉ CHEZ LES PERSONNES ÂGÉES HOSPITALISÉES EN UNITÉS DE COURTE DURÉE GÉRIATRIQUE (UCDG) : UNE APPROCHE STRUCTURÉE 

En janvier 2013, le sous-comité de travail sur la mobilité du Regroupement des unités de courte durée gériatriques et des services hospitaliers de gériatrie du Québec (RUSHGQ) a publié un document d’intérêt qui s’adresse, entre autres, aux professionnels de la physiothérapie oeuvrant dans les unités de courte durée gériatriques (UCDG). Ce document intitulé Approche interprofessionnelle structurée des troubles de la mobilité dans les unités de courte durée gériatriques (que nous appellerons ci-dessous « l’Approche ») peut être consultée librement sur l’accès invité du site www.rushgq.org (1).

 L’objectif principal de l’Approche est de proposer une démarche interprofessionnelle pragmatique et structurée en UCDG auprès de patients présentant des troubles modérés à sévères de la mobilité (TMSM). Les troubles de la mobilité sont une problématique importante dans les 60 UCDG du Québec. Selon les cliniciens membres du RUSHGQ, une proportion élevée des personnes hospitalisées dans les UCDG présentent des TMSM et ces troubles représentent un défi quotidien pour les professionnels. L’appellation TMSM est définie dans le document et englobe plusieurs problématiques, dont le déconditionnement, le déclin fonctionnel, les démarches instables, les risques de chutes et les douleurs incapacitantes. Le but de cet article est de présenter brièvement le contenu de l’approche interprofessionnelle structurée des troubles de la mobilité.

L’approche interprofessionnelle structurée en UCDG

Survol du document

Pour élaborer l’Approche, le sous-comité de travail a utilisé un processus de consultation des professionnels membres du RUSHGQ. Après une recension de la littérature pertinente, trois tables de travail ont été créées (médecins, infirmières et physiothérapeutes). Les participants de chaque table de travail ont eu à préciser les éléments spécifiques à leur profession. Quant aux autres catégories de professionnels (ergothérapeutes, pharmaciens, travailleurs sociaux, nutritionnistes), elles ont été consultées par l’entremise de groupes de discussion ou par questionnaire écrit. Au total, 60 professionnels provenant de 30 UCDG différentes ont participé à l’élaboration de l’Approche.

L’intégration des éléments retenus par les différents groupes de professionnels a été effectuée par les membres du sous-comité et révisée par les tables de travail.

L’Approche est divisée en quatre phases stratégiques (A-B-C-D) et regroupe au total 12 étapes qui sont détaillées ci-dessous. Les phases A-B-C s’adressent directement aux cliniciens. Huit des 12 étapes sont d’intérêt pour les professionnels de la physiothérapie et sont présentées dans le tableau 1.

A. Arrivée à l’UCDG

 Une évaluation d’admission de la mobilité de chaque personne âgée qui séjourne à l’unité doit être réalisée par le médecin, l’infirmière et le physiothérapeute*, et ce, dans les 24 à 48 heures suivant l’admission. L’objectif de cette évaluation est de cibler les patients avec TMSM qui ont un potentiel de récupération. Les étapes suivantes de l’Approche sont appliquées pour les patients avec TMSM. Les autres doivent être traités selon les principes de l’« approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier », qui vise le maintien de la mobilité chez tous les patients admis à l’hôpital afin de prévenir le syndrome d’immobilisation (2). Des consultations auprès d’autres professionnels (ergothérapeute, travailleur social, pharmacien, nutritionniste) peuvent être demandées selon les besoins du patient. Une fois les évaluations de base complétées, l’équipe traitante doit émettre sa première recommandation sur la mobilité en utilisant une terminologie validée telle que celle de la mesure d’indépendance fonctionnelle (MIF). Le degré d’autonomie de la personne pour ses transferts et déplacements doit être établi et communiqué au patient, à ses proches et à l’équipe. Cette recommandation devra être révisée régulièrement en fonction de l’évolution du patient

* L’Approche du RUSHGQ utilise le terme « physiothérapeute » pour désigner les professionnels de la physiothérapie. Bien que certains éléments de l’Approche portent spécifiquement sur des notions d’évaluation à portée diagnostique (qui sont réservées aux physiothérapeutes), le thérapeute en réadaptation physique peut participer à certaines étapes de l’Approche, dans le respect de la réglementation qui régit sa pratique professionnelle, notamment de l’article 4 du Règlement sur les catégories de permis délivrés par l’OPPQ (Règlement 94m).

B. Durant le séjour

 Chaque intervenant est appelé à poursuivre ses évaluations et à commencer des interventions en partenariat avec le patient et ses proches. Les recommandations de chaque discipline concernant la mobilité doivent être communiquées au patient, ses proches et aux autres professionnels. Une attention particulière est portée sur l’importance d’établir une stratégie de communication entre les professionnels de l’UCDG à propos de l’évaluation et de l’évolution du patient. Plusieurs moyens ont été proposés par les professionnels consultés lors des tables de travail. L’Approche recommande aussi d’inclure un objectif de mobilité lors des réunions interprofessionnelles et de l’inscrire au plan d’intervention individualisé. Finalement, le rôle des proches doit être précisé afin de favoriser la mobilité du patient durant l’hospitalisation et ils doivent être mis au courant des recommandations adaptées (environnement, besoins de base, participation aux AVQ, douleur, orientation, etc.).

Tableau 1 : Principales étapes de l’Approche s’adressant aux physiothérapeutes

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C. Planification du congé

 L’équipe doit s’assurer que tous les diagnostics se rapportant aux TMSM sont établis et que les interventions appropriées sont déterminées. Cela peut inclure d’orienter le patient vers les ressources adéquates (CLSC, hôpital de jour, centre de jour, etc.). Les renseignements sur la mobilité doivent être transmis au patient et à ses proches, au médecin de famille et aux intervenants de la communauté en fonction de l’orientation au moment du congé.

D. Efficacité et adhésion à l’Approche

 La dernière phase consiste à évaluer l’efficacité et l’adhésion à l’Approche dans un processus d’amélioration continue de la qualité des soins. Cette phase concerne surtout les gestionnaires de l’UCDG.

Des ressources d’évaluation recommandées en physiothérapie

 Le document de l’Approche comprend tous les détails nécessaires aux médecins, infirmières et physiothérapeutes concernant les évaluations cliniques recommandées. L’annexe 4 du document (p. 97 à 112) porte plus spécifiquement sur l’évaluation d’admission et l’évaluation initiale complète du physiothérapeute. Des valeurs normatives de certains tests standardisés sont également présentées.

Conclusion

 Les troubles de la mobilité chez les personnes âgées sont une problématique fréquemment rencontrée en UCDG. Les travaux produits par le sous-comité de travail sur la mobilité du RUSHGQ visent à offrir une prise en charge interprofessionnelle mieux structurée, sécuritaire, efficace et centrée sur le patient et ses proches en présence de troubles modérés à sévères de la mobilité.

Le professionnel de la physiothérapie, l’un des principaux acteurs de cette Approche, doit s’assurer d’effectuer son évaluation en utilisant des outils standardisés et de diffuser ses recommandations sur la mobilité à l’équipe, au patient et à ses proches. Les renseignements portant sur la mobilité doivent être transmis aux intervenants de la communauté pour assurer la continuité des soins. Comme mentionné par les auteurs, l’Approche est un document qui pourra être revu et amélioré au fil du temps par les professionnels d’UCDG. Le document peut être consulté sur le site du RUSHGQ (www.rushgq.org) dans la section « accès invité ».


Références :
(1) Latour J., M.-J. Kergoat, T.T.M. Vu, F. Dubé, L. Duquette, C. Forget, C. Fortier,
M. Regnière, M. Saindon et A. Bolduc. Approche interprofessionnelle structurée des
troubles de la mobilité dans les unités de courte durée gériatriques (UCDG), Montréal,
Regroupement des unités de courte durée gériatriques et des services hospitaliers de
gériatrie du Québec (RUSHGQ), 2013.
(2) Kergoat M.-J., A. Dupras, L. Juneau, M. Bourque, D. Boyer et coll. Approche adaptée à
la personne âgée en milieu hospitalier : cadre de référence, Québec (province), Canada,
ministère de la Santé et des Services sociaux, Direction des communications, 2011.