Chronique expérience professionnelle

LA PRATIQUE EN RÉGION ÉLOIGNÉE DANS UN CONTEXTE AUTOCHTONE : UN BEAU DÉFI !

Par Mylène Haché, physiothérapeute

Par Mylène Haché, physiothérapeute

Adaptation de la version originale rédigée en anglais par Lisa Arcobelli, physiothérapeute

La pratique de la physiothérapie dans un milieu de soin non traditionnel semble gagner en popularité dans le domaine de la réadaptation. Parallèlement à ceci, la volonté de prise de position sur les soins de santé offerts aux populations autochtones se fait sentir à plusieurs niveaux. Pour répondre à cette curiosité grandissante, voici un résumé de la réalité des professionnels de la physiothérapie pratiquant dans les communautés autochtones des Premières Nations Cries du Québec.

UNE PRATIQUE UNIQUE ET VARIÉE 

La réalité clinique d’un professionnel de la physiothérapie pratiquant auprès des Premières Nations en région éloignée diffère significativement du modèle interprofessionnel et de l’approche d’équipe typique du milieu urbain.

En tant que praticien exerçant seul dans son domaine dans une communauté crie, parfois en l’absence d’autres professionnels de la réadaptation, son rôle tend à s’élargir. Par exemple, le professionnel de la physiothérapie peut aussi être appelé à intervenir dans :

  • la défense des droits des personnes en situation de handicap pour l’accès aux services ;
  • la liaison avec les grands centres régionaux pour une plus grande continuité des soins ;
  • la promotion de la santé et la prévention à base communautaire ;
  • l’enseignement informel auprès de l’équipe médicale et du personnel non médical (informer les assistants des facteurs de risque pour les chutes, révision des étapes et techniques d’évaluation de certaines conditions musculosquelettiques auprès des infirmières et médecins, etc.)
  • le développement des services. 

La prestation des services peut s’offrir dans les endroits habituels, tels qu’au service hospitalier, dans la salle de thérapie en milieu clinique ou au centre de jour. Toutefois, certains services peuvent être fournis dans des lieux plus familiers à la communauté, comme à la maison, à l’école, à la garderie ou au centre d’entraînement.

Picture1MILIEU INTERCULTUREL

La grande majorité des professionnels de la santé sur le territoire cri n’est pas autochtone. Cependant, le professionnel de la physiothérapie travaille en étroite collaboration avec les travailleurs de soutien en réadaptation cris, dont le rôle consiste à agir comme interprètes lorsqu’on travaille avec des clients unilingues cris, à participer à l’évaluation et aux traitements et à offrir un suivi aux patients ayant des programmes d’exercices individualisés.

Les travailleurs en réadaptation sur le terrain sont :

  – les éducateurs en besoins spéciaux pour la clientèle pédiatrique ;
  – les assistants en réadaptation pour la population adulte/âgée. 

Il est important d’adapter les objectifs fonctionnels aux besoins de la clientèle adulte et âgée et à leur mode de vie spécifique. Par exemple, il est nécessaire de tenir compte des activités traditionnelles des Cris qui comprennent la chasse, la pêche, la coupe de bois, le plumage des outardes et l’artisanat (broderie, couture, tricot). 

DÉFIS ET POSSIBILITÉS

En exerçant dans le Nord québécois, les professionnels de la physiothérapie font face à différents défis :

  • la barrière de la langue et les différences culturelles ;
  • l’isolement physique ;
  • des infrastructures de soins de santé qui ne cessent de se développer ;
  • des soins irréguliers en raison des difficultés de recrutement et de rétention ;
  • la compréhension limitée du rôle et de la portée de la physiothérapie à la fois chez le personnel médical et la population crie ;
  • le soutien limité des pairs et de la recherche. 

Les interventions physiothérapiques sont plus efficaces lorsqu’elles sont culturellement pertinentes et intégrées dans la philosophie de vie saine, ou « Miyupimaatisiiun » [1], des Cris. 

Les assistants en réadaptation sont précieux pour surmonter les obstacles culturels en fournissant un point de vue socioculturel spécifique et en aidant à combler le fossé entre l’approche médicale traditionnelle et « Miyupimaatisiiun ». 

Toutefois, le travail auprès de ces communautés constitue une occasion unique pour un professionnel de la physiothérapie en raison de :

  • la charge de travail diversifiée, qui comprend une clientèle de tous âges, de toutes conditions et à presque tous les stades de la continuité des soins ;
  • la possibilité de développer des compétences et des approches cliniques uniques pour mieux répondre aux besoins des communautés ;
  • la découverte de la culture crie, que l’on peut côtoyer et vivre. 

Même si l’offre de services en physiothérapie en région éloignée auprès de la population autochtone pose des défis, elle offre également des possibilités de développement professionnel et personnel qui diffèrent des autres modèles de pratique.

L’expérience démontre qu’une approche collaborative est essentielle pour l’engagement des communautés cries dans de nouvelles stratégies afin de maximiser leur propre santé et bien-être. Ultimement, des professionnels de réadaptation cris seraient mieux placés pour répondre aux besoins de leur population qui lutte pour l’autodétermination et l’autosuffisance. 


[1] La santé selon les Cris, c’est le « Miyupimaatisiiun » que l’on peut définir comme le fait d'être bien dans son environnement, tant physique que social.