Chronique de l’expert
Par Marie-Josée Goyette T.R.P., en collaboration avec la Direction du développement et du soutien professionnels (DDSP)

Par Marie-Josée Goyette
T.R.P., en collaboration avec la Direction du développement et du soutien professionnels (DDSP)

EXPLOITER DE MANIÈRE CRÉATIVE LE RÔLE DE PROMOTEUR DE LA SANTÉ EN PHYSIOTHÉRAPIE

Le professionnel de la physiothérapie, comme bien d’autres professionnels, est appelé à participer à la promotion de la santé et du bien-être de la collectivité. Ce rôle est bien décrit dans le Profil des compétences essentielles des physiothérapeutes au Canada et dans le Profil des compétences essentielles des thérapeutes en réadaptation physique du Québec.

Le programme de promotion de l’activité physique et de prévention des chutes que nous avons développé au CSSS La Pommeraie s’intègre très bien dans cette démarche de promotion de la santé. Voici les étapes qui ont mené à la réalisation de ce projet.

L’analyse des besoins

Telle une étude de marché, le travail a débuté par une cueillette d’information sur les besoins de la clientèle servie par notre établissement. Le besoin le plus criant est évidemment le désir des aînés de demeurer le plus longtemps possible dans leur domicile et de bouger pour rester en santé. Pour ce faire, le développement et le maintien des capacités physiques et mentales sont essentiels.

À cette étape, nous avons aussi recueilli de l’information sur les champs d’intérêts des aînés et pris connaissance des services offerts par les différentes ressources de notre région. En côtoyant les aînés, nous avons constaté qu’il existe une zone où ces derniers se trouvent soit trop en forme pour les activités des centres de jour, soit trop déconditionnés pour participer aux activités physiques s’adressant aux 50 ans et plus. Plusieurs ont mentionné avoir perdu confiance en leurs capacités de pratiquer les activités physiques qu’ils aimaient par le passé. Imaginez-vous comment se sentent les aînés qui ne peuvent plus suivre la cadence des cours de danse de l’âge d’or ? Imaginez-vous comment se sentent ceux qui ne peuvent plus suivre le rythme du club de marche pour aînés ? Vers qui doivent-ils se tourner lorsque ces activités pour aînés sont devenues trop difficiles pour eux ?

L’impact psychologique de cette réalité est immédiat, tandis que l’impact physique est plus sournois et progresse insidieusement. Il s’agit bien souvent du début de la perte d’autonomie si aucune mesure n’est prise.

La conception du programme

Nous avons décidé de contrer cette problématique en mettant au point un programme novateur. Étant convaincus qu’en augmentant l’activité physique, nous améliorons non seulement les capacités motrices afin de prévenir les chutes, mais également la santé générale, nous y avons vu une occasion de développer le rôle de promoteur de la santé que le professionnel de la physiothérapie est appelé à jouer.

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La conception du programme a débuté par l’analyse de différents concepts théoriques et programmes offerts, notamment par l’INSPQ et Kino-Québec. Une fois notre clientèle cible déterminée, nous avons établi une liste d’activités physiques répondant à deux critères : l’intérêt des aînés pour l’activité et la capacité d’adapter l’activité aux aptitudes des aînés. Il m’a fallu explorer différentes perspectives de la physiothérapie et analyser tous les bénéfices des différentes activités physiques, en gardant en tête les objectifs que notre programme devait atteindre. J’ai osé l’éclatement de la physiothérapie traditionnelle et j’ai vu des possibilités de renforcement musculaire et d’amélioration des réactions d’équilibre dans des activités comme les quilles. J’ai planifié des groupes de tai-chi, des groupes de danse, de randonnée pédestre et de natation et, lors de la conception de ces activités, j’ai toujours misé sur les occasions d’améliorer ou de maintenir l’amplitude articulaire, la force musculaire et l’équilibre. L’élaboration d’un tel programme demande de la créativité. Il faut également voir la physiothérapie sous un angle nouveau et sortir des sentiers battus.

L’offre de service

En s’associant à des organismes sans but lucratif, notre CSSS a réussi à obtenir une enveloppe budgétaire pour ce projet. Le programme des activités a été distribué dans différents milieux, dont certaines cliniques, afin que les médecins prennent connaissance de ce service.

Les activités changent toutes les 12 semaines et selon les saisons afin de plaire au plus grand nombre de participants, mais aussi pour limiter l’accoutumance et faire progresser les aînés. Par ailleurs, nous profitons de chaque activité pour faire de la sensibilisation quant aux risques de chute ou encore pour aborder des thèmes tels que la santé osseuse, les bonnes postures à adopter ou la sécurité dans les déplacements.

Par ailleurs, il faut rester vigilant et ne pas hésiter à diriger les participants vers nos collègues d’autres disciplines lorsque nous atteignons nos limites. La clé du succès, comme pour bien d’autres choses, c’est le travail d’équipe, tant interdisciplinaire qu’intradisciplinaire.

L’évaluation des bénéfices sur la clientèle

Nous inspirant du programme PIED, nous avons effectué des bilans initiaux et finaux de chaque participant afin de bien documenter l’impact de nos interventions. Que ce soit à l’aide du « Time up and » (TUG) du « sit to stand » de la force de préhension ou encore par des tests d’équilibre unipodal, nous avons pu, sur une période donnée, constater les résultats de nos activités sur la performance des participants. Des sondages sur la confiance en soi et sur le sentiment de bien-être ont aussi contribué à documenter l’impact de notre programme sur les participants.

Les obstacles

Puisque les objectifs du programme sont, entre autres, de préserver ou de développer les acquis physiques des personnes en perte d’autonomie ou à risque de le devenir, il a été tout naturel qu’un membre de l’équipe de physiothérapie se joigne au projet. Cependant, la ligne peut parfois sembler mince entre un programme de promotion de l’activité physique et de prévention des chutes et une offre de service en loisirs. Il est donc primordial de bien documenter un tel programme et de faire des liens précis entre les activités physiques et les objectifs physiothérapiques. Le professionnel de la physiothérapie, par sa formation, est en mesure d’avoir un impact majeur sur les capacités physiques des aînés. Il a aussi la capacité de modifier ou encore de simplifier un programme ou une série d’exercices et de mouvements en fonction des capacités de l’aîné afin d’établir une progression.

En conclusion, je souhaite qu’un programme comme celui que nous avons développé vous inspire et que les changements à venir dans le réseau de la santé puissent encore laisser place à la promotion de la santé.