Chronique des récipiendaires
Lisa_Grilli

Par Lisa Grilli, pht, M. Sc. Physiothérapeute à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Centre universitaire de santé McGill

ÉVALUATION DE L’ÉQUILIBRE CHEZ LES ENFANTS APRÈS UNE COMMOTION CÉRÉBRALE : CHOISIR LE BON OUTIL 

Introduction

La capacité à maintenir notre équilibre est au cœur de nos activités quotidiennes. Des problèmes d’équilibre sont fréquemment rapportés à la suite d’une commotion cérébrale tant chez les adultes que chez les enfants 1-4. En effet, des travaux antérieurs de notre groupe ont démontré que des déficits d’équilibre, persistant jusqu’à trois mois après la blessure, pouvaient être décelés à l’aide d’outils sensibles, telles les plates-formes de force, mais que la plupart des outils cliniques disponibles n’arrivaient à détecter ces troubles que durant la période aiguë post-commotion 5. La décision de permettre ou non à un enfant ou à un adolescent de retourner à ses activités physiques à la suite d’une commotion repose largement sur l’expression, par l’enfant lui-même, de la résolution de ses symptômes post-commotionnels, ainsi que sur sa capacité à fonctionner normalement sur le plan cognitif. L’équilibre devrait toutefois être considéré comme un élément essentiel de cette prise de décision 2. Par conséquent, il apparaît important de fournir aux cliniciens des outils fiables et sensibles qui peuvent détecter ces déficits subtils 6, afin d’accroître leur confiance lorsqu’ils doivent prendre des décisions sur le retour à l’activité physique avec les enfants concernés et leur famille.

L’objectif principal de cette étude était donc de comparer l’équilibre statique et dynamique des enfants ayant récupéré d’une commotion cérébrale à celui d’enfants en bonne santé, appariés pour l’âge, en utilisant des mesures cliniques simples sur les deux groupes. Nous posions l’hypothèse que si des différences existaient, nous voulions explorer lesquelles de ces mesures seraient les plus sensibles pour les détecter.

Méthodologie

Cette étude a été réalisée à la Clinique de commotions cérébrales de l’Hôpital de Montréal pour enfants. L’approbation éthique fut obtenue du Comité d’éthique de la recherche du Centre universitaire de santé McGill, de même que le consentement des parents et l’assentiment de chaque enfant participant.

Participants : Vingt-sept enfants et adolescents âgés de 8 à 17 ans (moyenne d’âge 13,2 ± 2,2 ans), présentant un diagnostic médical confirmé de commotion cérébrale et ayant récupéré complètement (selon l’équipe clinique traitante), furent recrutés à leur congé de la clinique. Aux fins de cette étude, le statut de récupération complète fut défini comme le moment où l’enfant avait été asymptomatique au repos pendant au moins une semaine et avait réussi le test d’effort physique administré à la clinique, à la suite duquel un retour par étapes progressives à l’activité physique était autorisé. Le test d’effort physique consiste en plusieurs séries de diverses épreuves telles que des sauts, des pompes, des redressements assis, des activités de ballon et une activité aérobique à 70 %-80 % de fréquence cardiaque maximale soutenue pendant 10 à 15 minutes.

Mesures et procédure : Les enfants et adolescents furent testés à l’aide de trois outils cliniques de mesure de l’équilibre et de la marche dans des conditions de tâches simples et doubles. Les trois échelles cliniques utilisées étaient le sous-test d’équilibre du Bruininks- Osteresky (BOT-2), le Balance Error Scoring System (BESS) et la Community Balance and Mobility Scale (CBMS). Le sous-test d’équilibre du BOT-2 7 est une mesure d’équilibre statique et dynamique sans perturbation conçue pour les individus âgés de 4 à 21 ans. Le sous-test consiste en neuf exercices testant la capacité à se tenir debout ou marcher avec une base de support restreinte, avec ou sans vision. Le BESS 8 évalue l’équilibre statique et fut développé spécifiquement pour la clientèle commotionnée. Ce test consiste en six épreuves de 20 secondes chacune, exigeant de l’individu qu’il se tienne debout au sol ou sur une surface instable, les yeux fermés, avec bases de support variées. Le nombre d’erreurs commises au cours de la période de 20 secondes est comptabilisé et utilisé pour le calcul du score total du test. Une erreur est définie comme un ajustement postural ou une incapacité à rester en position. La CBMS 9 mesure quant à elle les habiletés d’équilibre dynamique lors de diverses tâches de marche libre, avec obstacle ou en tandem, par exemple. Ce test fut développé pour la clientèle TCC.

Trois paradigmes de la marche ont aussi été utilisés pour ajouter à notre compréhension de l’équilibre dynamique des enfants, soit la marche à une vitesse déterminée par le participant (vitesse facile à soutenir), la marche avec obstacle et la marche en tandem. Pour remplir la condition de double tâche, à toutes les tâches de marche s’ajoutait une tâche arithmétique simple, à savoir compter à rebours par bonds de trois tout en effectuant la marche sur un tapis de mesure GAITRite™. Deux essais étaient alloués aux participants pour chacune des tâches. La moyenne des deux essais a été comptabilisée. Le système GAITRite™ consiste en un tapis de 4,87 m qui automatise la mesure de paramètres de marche spatiotemporels en deux dimensions à l’aide de plaques de pression insérées dans le tapis.

Résultats

Des troubles d’équilibre furent détectés chez le groupe d’enfants commotionnés à l’aide des trois échelles cliniques utilisées (voir tableau 1). Plus précisément, les enfants blessés avaient des scores plus faibles au sous test d’équilibre du BOT-2 (p = 0,005), à la CBMS (p = 0,005) et faisaient plus d’erreurs lors du BESS (p < 0,001).

En ce qui concerne l’analyse de la marche, outre une vitesse plus lente en tandem, les enfants avec commotions éprouvaient plus de difficulté à exécuter toutes les tâches, ce qui était signalé par une augmentation du temps passé en double appui et une plus grande largeur de pas. L’ajout de double tâche a altéré tous les paradigmes de marche pour les deux groupes, mais il n’y avait aucune différence entre les groupes. Une analyse discriminante a révélé que de toutes les variables étudiées, le score du BESS, la largeur des pas pendant la marche à vitesse facile à soutenir, la vitesse et le pourcentage de temps passé en double appui lors de la marche en tandem étaient les meilleurs indicateurs distinguant un individu du groupe commotionné d’un autre du groupe témoin.

 Tableau_recipiendaire_1

Discussion et impact sur la pratique clinique

La petite taille de notre échantillon représente de toute évidence une limite importante de cette étude et nos résultats doivent être considérés dans ce contexte. Nous avons toutefois démontré que les enfants et les adolescents ont des déficits d’équilibre persistants lorsqu’on les compare au groupe témoin, malgré le fait qu’ils sont asymptomatiques au repos et jugés cliniquement prêts à reprendre graduellement des activités physiques. Les tests d’équilibre dynamique comme la marche en tandem pourraient être de meilleurs indicateurs de la récupération chez les enfants après une commotion, car ils peuvent mieux détecter des déficits subtils. La double tâche ne semble pas mener à une meilleure discrimination que les tests d’équilibre dynamique utilisés seuls, du moins au sein de notre échantillon. À ce stade et vu la taille de notre échantillon, il est difficile de poser des hypothèses expliquant ce résultat, mais la tâche cognitive était difficile pour les deux groupes et le choix de celle-ci dans des études ultérieures devrait faire l’objet d’une réflexion. Ce dernier aspect devrait continuer à être étudié cependant en explorant l’utilité de tâches cognitives d’une autre nature.

Nous remercions notre agent de financement du Programme de partenariat OPPQ-REPAR (2012-2014). Nous tenons aussi à remercier tous les participants au projet et l’équipe de traumatologie de l’Hôpital de Montréal pour enfants pour leur soutien extraordinaire.


Krithika Sambasivan, M. Sc., doctorante en science de la réadaptation, École de physiothérapie et d’ergothérapie, Université McGill
Isabelle Gagnon, pht, Ph. D., chercheuse clinicienne à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Centre universitaire de santé McGill


Références 

1. McCrory, P., W.H. Meeuwisse, M. Aubry et coll. « Consensus statement on concussion in sport: the 4th International Conference on Concussion in Sport held in Zurich, November 2012 », British Journal of Sports Medicine, 2013, vol. 47, no 5, p. 250-258.
2. Guskiewicz, K.M. « Balance assessment in the management of sport-related concussion », Clinics in Sports Medicine, 2011, vol. 30, no 1, p. 89.
3. Slobounov, S., C. Cao, W. Sebastianelli, E. Slobounov et K. Newell. « Residual deficits from concussion as revealed by virtual time-to-contact measures of postural stability », Clinical neurophysiology: official journal of the International Federation of Clinical Neurophysiology, 2008, vol. 119 , no 2, p. 281.
4. Martini, D.N., M.J. Sabin, S.A. DePesa et coll. « The Chronic Effects of Concussion on Gait », Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2011, vol. 92, no 4, p. 585-589.
5. Gagnon, I., B. Swaine, D. Friedman et R. Forget. « Children show decreased dynamic balance after mild traumatic brain injury », Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2004, vol. 85, no 3, p. 444-452.
6. McCrea, M., W.B. Barr, K. Guskiewicz et coll. « Standard regression-based methods for measuring recovery after sport-related concussion », Journal of the International Neuropsychological Society, 2005, vol. 11, no 1, p. 58-69.
7. Bruininks, R. Bruininks-Osteresky Test of Motor Proficiency (BOT-2), 2005.
8. Guskiewicz, K.M. « Postural stability assessment following concussion: one piece of the puzzle », Clinical Journal of Sport Medicine, 2001, vol. 11, p. 182-189.
9. Wright, M.J. et C. Bos. « Performance of children on the Community Balance and Mobility Scale », Phys Occup Ther Pediatr, 2012, vol. 32, no 4, p. 416-29.
10. Greene, B.R., T.G. Foran, D. McGrath, E.P. Doheny, A. Burns et B. Caulfield. « A Comparison of Algorithms for Body-Worn Sensor-Based Spatiotemporal Gait Parameters to the GAITRite Electronic Walkway », Journal of Applied Biomechanics, 2012, vol. 28, no 3, p. 349-55.