La scoliose idiopathique chez l’enfant et l’adolescent : que faut-il savoir ?

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La scoliose idiopathique

La scoliose idiopathique – Source

La scoliose idiopathique est une déformation tridimensionnelle de la colonne vertébrale et du tronc dont la cause est inconnue. En grec, le terme scolios signifie tortueux, ce qui définie bien cette pathologie qui occasionne une torsion de la colonne vertébrale habituellement rectiligne (ou une torsion du tronc) et qui peut mener à des déformations morphologiques du corps et causer de la douleur au dos.  Toutefois, pour qu’un diagnostic de scoliose soit émis, il faut pouvoir mesurer un angle d’au moins 10 degrés sur une radiographie prise de dos.

Carole Fortin, physiothérapeute au CHU Sainte-Justine, possède une grande expertise dans le traitement de la scoliose idiopathique. Au tout début de sa carrière, elle fut appelée à travailler auprès des adolescents atteints de la scoliose. Préoccupée par la souffrance psychologique qu’entraine cette pathologie sur l’apparence physique, elle décide de  parfaire ses connaissances.

S’en suivirent une formation en rééducation posturale globale, un projet de recherche sur l’influence de la scoliose sur la marche, une maitrise en lien avec la scoliose, un doctorat sur l’évaluation de la posture et un post-doctorat en neuroscience afin de mieux comprendre l’activité cérébrale liée à la posture. Elle a d’ailleurs développé un outil visant à évaluer la posture chez les jeunes atteints de scoliose.

Elle traite dans ce texte de la scoliose et désire nous sensibiliser à l’importance de porter une attention particulière au développement de nos jeunes.

La scoliose idiopathique en quelques faits

La scoliose idiopathique est la forme de scoliose la plus commune à l’adolescence. Environ 2 à 3 % des adolescents au Québec en sont atteints. Les filles sont davantage touchées par cette maladie, alors qu’on recense un ratio d’environ 8 à 9 filles pour chaque garçon atteint de la pathologie avec un angle de plus de 30 degrés (La scoliose idiopathique, Stefan Parent, M.D., Ph.D., Hôpital Ste-Justine).

Les principaux types de scoliose

  • neurologique : secondaire à une atteinte neurologique, scoliose évolutive chez l’enfant en croissance ;
  • congénitale : implique une déformation de la vertèbre, une malformation à la naissance ;
  • idiopathique : n’impliquant aucune déformation osseuse à la base, elle s’installe et est de cause inconnue. Elle représente 80 % des différents types de scoliose, dont :
    • l’infantile (0-3 ans)
    • la juvénile (3-10 ans)
    • l’adolescente (10 ans jusqu’à fin de la croissance) 

Les différentes classifications

  • scoliose à courbure unique : implique une courbure majeure dans la région thoracique, thoraco-lombaire ou lombaire ;
  • scoliose à courbure double : implique 2 scolioses majeures dans les mêmes régions.

Principales causes et symptômes

La scoliose est une atteinte multifactorielle. Les facteurs génétiques peuvent expliquer jusqu’à 40% des scolioses idiopathiques, le reste faisant l’objet de différentes hypothèses, dont certains facteurs déclencheurs :

  • un problème au niveau de la mélatonine : occasionnant un défaut de signalisation pouvant être associé à une scoliose. (Akoume et coll. Spine 2010 E601-608;  Azeddine et coll. Clin Orthop Relat R 2007 45-52; Letellier et coll. Médecine Sciences 2007 910-916) ;
  • une atteinte neurologique centrale : certaines études ont démontré des différences au niveau cérébral chez les personnes atteintes de scoliose. (Technique d’imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) par Maguire et coll, Spine 1993 ; Domenech et coll., 2010 et 2011)

Il existe aussi des facteurs aggravants, dont :

  • les facteurs posturaux : impliquant un défaut de posture ;
  • les facteurs asymétriques : ayant un impact sur la tension et la force des muscles (contraction et raideur) sous l’influence de la gravité et du mouvement (voir autres références).

Selon Carole Fortin, la scoliose affecte la construction du schéma corporel (perception visuelle qu’une personne a de son corps). Il est important de comprendre qu’une personne atteinte bouge constamment avec un mauvais alignement, ce qui favorise un faux apprentissage moteur qui aggrave la scoliose.

En d’autres mots, la mauvaise posture engendrée par la scoliose devient une normalité chez la personne atteinte. Ainsi, lorsque le celle-ci est corrigée, elle ne se sent pas normale, bien que la ou le jeune puisse observer visuellement une amélioration de sa posture.

En ce qui concerne les symptômes, la scoliose débutante déforme le corps, mais n’occasionne pas de mal particulier.

  • 60 à 78% des adolescents atteints d’une scoliose se plaignent de mal de dos. (Sato et coll., European Spine Journal, 2010 ; Landman et coll., Spine, 2011 ; Smorgick et coll., Journal of Pediatric Orthopaedics, 2013)
  • 28 à 48% des adolescents sans scoliose se plaignent de douleur au dos. (Jones et coll, 2004 ; Kjaer et coll, 2011 ; Calvo-Munoz et coll, 2013)

La douleur physique est rarement un motif de consultation puisqu’elle est souvent considérée comme normale à l’adolescence en raison de la croissance du corps.

Outre la douleur, les déformations liées à cette pathologie peuvent affecter l’estime de soi et la qualité de vie, surtout chez l’adolescent. La scoliose affecte l’apparence, un aspect important à l’adolescence, ce qui rend le jeune malheureux, le poussant même à s’isoler des autres et à s’empêcher, parfois, de pratiquer des activités.

La scoliose peut aussi continuer de progresser à l’âge adulte en raison d’un degré par année. La progression varie en fonction du type et de la sévérité de la scoliose en fin de croissance (Le risque s’élève à 30% pour les scolioses de plus de 30 degrés et à 70% pour les scolioses de plus de 50 degrés). (Weinstein SL. Natural history. Spine. Dec 15 1999;24(24):2592-2600)

De plus, chez l’adulte, la scoliose engendre des douleurs chroniques au dos qui sont plus sévères et fréquentes (Weinstein SL, Dolan LA, Cheng JCY, Danielsson A, Morcuende JA. Adolescent idiopathic scoliosis. Lancet. 2008;371:1527-1537 ; Weinstein SL, Dolan LA, Spratt KF, Peterson KK, Spoonamore MJ, Ponseti IV. Health and function of patients with untreated idiopathic scoliosis: a 50-year natural history study. JAMA. Feb 5 2003;289(5):559-567). 

Selon Carole Fortin, cette pathologie ne doit pas être prise à la légère. L’objectif du physiothérapeute devrait être d’arriver assez tôt dans l’évolution de la maladie pour éviter les déformations majeures et ainsi prévenir la douleur, le manque d’estime de soi, etc.

Le rôle des parents dans la prévention

Du côté de la prévention, les parents jouent un rôle très important. Même en l’absence de symptômes, les parents devraient porter attention et examiner la posture de leur enfant. L’âge important pour détecter la scoliose de l’adolescence est entre 10 et 12 ans ou en fonction du pic de croissance (11 à 13 ans chez la fille, 13 à 15 ans chez le garçon), car il s’agit de la période la plus à risque. Voici quelques indices pouvant aider à déceler la présence d’une scoliose :

  • une asymétrie de l’angle de taille ;
  • une posture débalancée : la tête ne semble pas centrée avec le bassin ou les fesses (plus d’un côté ou de l’autre) ;
  • une jambe semble plus courte que l’autre ;
  • un débalancement des épaules : une épaule plus élevée que l’autre ;
  • un cas de scoliose dans la famille proche ou éloignée (important de faire un bilan visuel aux 6 mois, principalement entre 10 et 12 ans).

Avant, le dépistage de la scoliose était systématique dans les écoles ; alors que maintenant, c’est du cas par cas. Or, plus tôt la scoliose est détectée, plus il est facile de la traiter et d’en minimiser les impacts. Malheureusement, il arrive souvent que lorsque le parent la détecte, la maladie soit déjà à un stade de plus de 30 degrés, ce qui est relativement avancé. Idéalement, le parent devrait effectuer un dépistage de base chez son enfant (voir ci-dessous).

Téléchargez ici le test de dépistage de la scoliose (texte adapté par Carole Fortin, Ph.D., pht)

Le traitement de la scoliose en physiothérapie

 Le traitement de la scoliose par la physiothérapie est moins reconnu en Amérique du Nord qu’en Europe. Les traitements privilégiés à ce jour, en fonction du degré de torsion, sont :

  • de 15 à 25 degrés : observation ou physiothérapie préventive ;
  • de 20 à 25 degrés : corset (selon l’enfant et le risque de progression) ;
  • de 25 à 45 degrés : corset + physiothérapie ;
  • plus de 45 degrés : chirurgie.

Aussi la clinique de scoliose du CHU Ste-Justine propose un traitement préventif selon l’approche de rééducation posturale globale (RPG), dans lequel l’enfant est suivi une fois par semaine. Dans le cadre de ce traitement, les physiothérapeutes travaillent, entre autres, avec :

  • l’approche posturale : postures d’étirement en position couchée, assise ou debout, conscience corporelle et exercices d’intégration des corrections de la posture (assis et debout) ainsi que dans le mouvement ;
  • l’approche de rééducation du mouvement : correction de la scoliose, réapprentissage du mouvement avec correction de la scoliose ;
  • en présence de douleur au dos, le physiothérapeute cherchera à comprendre le lien avec la scoliose ou les asymétries de posture afin d’éliminer toute composante douloureuse susceptible de favoriser l’aggravation de la scoliose.

Le professionnel de la physiothérapie intervient donc au niveau de la prévention, du dépistage de la scoliose ainsi que du traitement (douleur, prise de conscience et exercices de correction de la posture).

Autres références 

Sources pour défaut de signalisation de la mélatonique

Akoume MY, Azeddine B, Turgeon I, Franco A, Labelle H, Poitras B, Rivard C-H, Grimard G, Ouellet J, Parent S, Moreau A,. Cell-based screening test for idiopathic scoliosis using cellular dielectric spectroscopy. Spine 2010 E601-608. 

Azeddine B, Letellier K, Wang DS, Moldovan F, Moreau A,
Molecular determinants of melatonin signaling dysfunction in adolescent idiopathic scoliosis. Clin Orthop Relat R 2007 45-52.

Letellier K, Azeddine B, Blain S, Turgeon I, Wang DS, Samba Boiro M, Moldovan F, Labelle H, Poitras B, Rivard C-H, Grimard G, Parent S, Ouellet J, Lacroix G, Moreau A,
Récents progrès dans l’étiopathogénie de la scoliose idiopathique de l’adolescent et nouveaux concepts moléculaires. Médecine Sciences 2007 910-916. 

Sources pour causes neurologiques

Domenech J, Tormos JM, Barrios C, et al. Motor cortical hyperexcitability in idiopathic scoliosis: could focal dystonia be a subclinical etiological factor? Eur Spine J 2010;19:223-30.

Maguire J, Madigan R, Wallace S, et al. Intraoperative long-latency reflex activity in adolescent idiopathic scoliosis demonstrates abnormal central processing. A possible cause of idiopathic scoliosis. Spine 1993;18 1621-6.

Domenech J, Garcia-Marti G, Marti-Bonmati L, et al. Abnormal activation of the motor cortical network in idiopathic scoliosis demonstrated by functional MRI. Eur Spine J 2011;20:1069-78.

Sources pour facteurs aggravants

Burwell RG, Aujla RK, Grevitt MP, et al. Pathogenesis of adolescent idiopathic scoliosis in girls – a double neuro-osseous theory involving disharmony between two nervous systems, somatic and autonomic expressed in the spine and trunk: possible dependency on sympathetic nervous system and hormones with implications for medical therapy. Scoliosis. 2009;4(24):1-40.

Burwell RG, Cole AA, Cook TA, et al. Pathogenesis of idiopathic scoliosis: the Nottingham concept.  :. Acta Orthop Belg. 1992;58(Suppl. 1):pp 33-58.

Perdriolle R, Becchetti S, Vidal J, Lopez P. Mechanical process and growth cartilages. Essential factors in the progression of scoliosis. Spine. 1993;18 (3):343-349.

Stokes IA. Analysis and simulation of progressive adolescent scoliosis by biomechanical growth modulation. Eur Spine J. Oct 2007;16(10):1621-1628.

Veldhuizen AG, Wever DJ, Webb PJ. The aetiology of idiopathic scoliosis: biomechanical and neuromuscular factors. Eur Spine J. 2000;9:178-184.

Sources pour douleur

Landman Z, Oswald T, Sanders J, et al. Prevalence and Predictors of Pain in Surgical Treatment of Adolescent Idiopathic Scoliosis. Spine 2011;36:825–9.

Sato T, Hirano T, Ito T, et al. Back pain in adolescents with idiopathic scoliosis: epidemiological study for 43,630 pupils in Niigata City, Japan. Eur Spine J 2010;20:274-9. 

Smorgick Y, Mirovsky Y, Baker KC, et al. Predictors of Back Pain in Adolescent Idiopathic Scoliosis Surgical Candidates. J Pediatr Orthop 2013;33:289-92.

Calvo-Munoz I, Gomez-Conesa A, Sanchez-Meca J. Prevalence of low back pain in children and adolescents: a meta-analysis. BMC Pediatr. 2013;13:14.

Jones MA, Stratton G, Reilly T, Unnithan VB. A school-based survey of recurrent non-specific low-back pain prevalence and consequences in children. Health Educ Res. Jun 2004;19(3):284-289.

Kjaer P, Wedderkopp N, Korsholm L, Leboeuf-Yde C. Prevalence and tracking of back pain from childhood to adolescence. BMC Musculoskelet Disord. 2011;12:98.

 


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