Genou et physiothérapie : comment prévenir et traiter une rupture des ligaments croisés ?

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Rupture des ligaments croisés : traiter et prévenir

Rupture des ligaments croisés : comment prévenir et traiter une rupture des ligaments croisés ?

Une rupture, ou déchirure, des ligaments croisés n’est jamais une expérience agréable. Cependant, la physiothérapie se révèle une alliée précieuse pour prévenir, mais aussi pour traiter cette blessure.

Philippe Landry est thérapeute en réadaptation physique et connaît bien cette blessure et les nombreux défis qui en résultent. Dans cet article, il vous propose d’en apprendre plus sur les traitements en physiothérapie, mais aussi sur les moyens de limiter vos risques.

Rupture des ligaments croisés : prévenir plutôt que guérir

Les facteurs de risque liés à une rupture des ligaments croisés sont bien connus des professionnels de la physiothérapie. C’est pour cette raison qu’ils sont d’excellentes ressources pour vous aider à prévenir cette blessure.

L’éducation et l’apprentissage

Que l’on parle d’activité sportive à risque, de mauvais geste sportif ou de déséquilibre musculaire, l’éducation du patient joue un rôle primordial pour lui permettre de prendre conscience des risques, mais aussi de mettre en place les bons réflexes pour les limiter. Ainsi, si vous connaissez vos faiblesses, vous serez plus vigilant lorsque vous pratiquez votre activité.

Le professionnel de la physiothérapie va donc prendre le temps de vous expliquer votre condition et les faiblesses qui en découlent. Il vous apporte alors conseils et astuces pour que vous puissiez pratiquer votre activité en diminuant vos risques de blessures. Ces conseils peuvent porter sur le bon équipement à utiliser, mais aussi sur le comportement à avoir pendant l’activité (arrêter son activité lorsqu’on se sent fatigué, augmenter les pauses en fin de match, etc.).

Dans le cas d’un mauvais geste sportif, le professionnel de la physiothérapie est capable de déterminer si votre technique est dangereuse et peut vous enseigner la bonne façon d’effectuer vos mouvements.

La rééducation et le renforcement

Un déséquilibre et une faiblesse musculaire sont deux facteurs de risque importants lorsqu’on parle de déchirure des ligaments croisés. D’autant que ces faiblesses ne touchent pas toujours le genou, mais les parties du corps qui l’entourent comme le bassin, les fessiers ou encore les chevilles. Dans tous les cas, le professionnel de la physiothérapie peut vous aider à rééduquer et à renforcer vos muscles. Il a alors recours à des programmes d’exercices qui vous permettront progressivement de travailler les parties du corps qui en ont besoin (renforcement musculaire, équilibre et stabilité).

Quelques exercices pour mieux comprendre

À titre d’exemple, voici 3 exercices très simples pour renforcer les fessiers et les mollets :

Exercice 1 — renforcement des fessiers

  • Couchez-vous sur le côté, les jambes allongées (vous devez être parallèle au sol).
  • Votre pied qui se situe au-dessus doit être légèrement décalé vers l’arrière par rapport à votre pied au sol.
  • Levez et descendez votre jambe à plusieurs reprises (comme un ciseau).
  • Répétez plusieurs fois le mouvement, puis changez de côté pour exercer l’autre jambe.

Exercice 2 — renforcement des fessiers

  • Placez-vous sur la plus haute marche d’un escalier.
  • Amenez le pied gauche vers la marche plus basse devant vous, mais ne déposez pas le pied sur la marche. Revenez en arrière et posez à nouveau le pied gauche dans la position de départ.
  • Le genou de la jambe droite doit être aligné sur votre pied droit pendant que vous effectuez l’exercice.
  • Cet exercice vous fera travailler le fessier droit. Pour travailler le fessier gauche, faites le même exercice avec le pied droit.

Exercice 3 — renforcement des mollets

  • Tenez-vous debout bien droit.
  • Levez vos talons et placez-vous sur la pointe des pieds.
  • Répétez plusieurs fois ce mouvement.

 Rupture des ligaments croisés : traiter et prévenir avec la physiothérapie

Le rôle du professionnel de la physiothérapie dans le traitement

En plus d’être un acteur central dans la prévention de cette blessure, vous retrouverez également le professionnel de la physiothérapie à différentes étapes de votre traitement et de votre réadaptation.

Phase 1 : réduire l’inflammation et prendre les bonnes décisions

Si vous vous blessez le genou et que vous ressentez les symptômes d’une déchirure ligamentaire, la première chose à faire est de consulter rapidement un médecin ou un professionnel de la physiothérapie. Il est important de ne pas attendre, car la prise en charge de votre blessure doit se faire rapidement.

Le premier objectif du professionnel de la physiothérapie est de diminuer la douleur et l’inflammation de votre genou (enflure). Il donne alors des conseils sur les modalités de repos et des astuces pour limiter la douleur.

Par la suite, le professionnel de la physiothérapie peut vous diriger vers différents professionnels de la santé comme un orthopédiste, un radiologue, etc. afin de déterminer quelle est l’étendue de la blessure et sa gravité. C’est seulement après ces recherches, que vous saurez si une chirurgie est nécessaire.

La chirurgie : pas forcément obligatoire…

En fonction de la blessure et de votre condition, une rupture des ligaments croisés peut nécessiter une intervention chirurgicale afin de favoriser un meilleur rétablissement. Cependant, il est important de mentionner qu’une opération n’est pas toujours nécessaire pour se remettre d’une déchirure ligamentaire.

Le choix d’avoir recours ou non à la chirurgie peut dépendre de plusieurs facteurs comme :

  • Être un sportif de haut niveau et souhaiter reprendre son activité au même niveau.
  • Avoir eu des problèmes ligamentaires auparavant ou présenter une condition à risque.
  • Avoir une blessure complexe.

Bien que la majorité des blessés pensent que la chirurgie peut régler rapidement le problème, il est important de mentionner qu’une opération est toujours un risque et qu’il est possible de bien récupérer sans y avoir recours. Par exemple, une personne ayant l’habitude de faire du sport à un niveau modéré peut, sans passer par la table d’opération, retrouver une grande partie de ses capacités.

 

Phase 2 : prévenir les risques

Une déchirure ligamentaire a des conséquences sur votre façon de bouger et vos activités quotidiennes. La douleur et l’enflure de votre genou provoquent souvent une diminution de votre masse musculaire, car vous utilisez moins votre jambe et vous diminuez vos activités. C’est pour cette raison que le professionnel de la physiothérapie commence à prévenir la perte musculaire une fois que l’inflammation a diminué et que le genou est moins douloureux. Pour ce faire, il met en place un programme d’exercices non douloureux (exercices isométriques ou sans charge, par exemple), mais qui stimulent en douceur les muscles qui en ont besoin.

Pendant cette étape, le professionnel de la physiothérapie commence également à entraîner la jambe qui n’est pas touchée par la blessure. L’objectif étant de garder la stabilité, l’équilibre et les réflexes des deux jambes.

Phase 3 : retourner progressivement à l’activité

Avant toute chose, il est important de mentionner qu’il n’est pas possible de récupérer complètement d’une rupture des ligaments croisés, avec ou sans intervention chirurgicale. Cette blessure cause une perte de votre mécanique articulaire et de votre stabilité qu’il sera difficile de retrouver complètement. Cependant, les patients récupèrent généralement très bien et retournent à leurs activités sans problème majeur.

Ainsi, l’objectif principal du professionnel de la physiothérapie est que vous retrouviez votre stabilité et votre assurance afin que vous puissiez retourner à vos activités. Il peut intervenir après la chirurgie ou tout au long du traitement s’il n’y a pas eu d’intervention chirurgicale.

Retrouver la stabilité de votre genou
Si une opération s’est révélée indispensable, le professionnel de la physiothérapie se concentrera sur la récupération de la stabilité de votre genou. Pour ce faire, il veille à renforcer la musculature, mais également à développer des réflexes protecteurs (stabilisateurs) qui empêchent votre genou de se retrouver dans des postures dangereuses. Le professionnel de la physiothérapie doit alors rééduquer votre corps et votre cerveau afin qu’ils développent automatiquement ces réflexes protecteurs ou stabilisateurs.

Par exemple : si votre genou doit faire une torsion qui pourrait vous mettre dans une situation dangereuse, votre muscle se contractera automatiquement pour éviter à votre genou de se blesser.

 

Chez les personnes n’ayant pas subi de chirurgie, il est également très important de travailler la stabilité du genou pour qu’elles puissent retourner à leurs activités. Le professionnel de la physiothérapie se concentrera donc aussi sur cet aspect.

Travailler l’équilibre
Qu’il y ait eu opération ou non, le professionnel de la physiothérapie doit également vous faire travailler votre équilibre, qui a forcément souffert de l’atteinte ligamentaire. Pour ce faire, il vous aide à améliorer votre proprioception, c’est-à-dire la perception que vous avez de votre corps dans l’espace et dans le mouvement, sans avoir besoin de vérifier avec vos yeux. C’est cette sensibilité que le corps utilise pour se stabiliser.

Récupérer la mécanique articulaire
Une rupture des ligaments croisés modifie votre mécanique articulaire, ce qui augmente automatiquement vos risques de développer de l’arthrose. Pour cette raison, le professionnel de la physiothérapie veille tout particulièrement à ce que vous récupériez au maximum vos capacités articulaires.

Temps et persévérance : la bonne recette pour un résultat optimal !

La récupération en cas de rupture des ligaments peut être longue et il est important de prendre votre temps pour laisser votre genou se remettre. Le retour aux activités doit se faire en douceur, accompagné par votre professionnel de la physiothérapie ou votre médecin.

Aussi, même si c’est parfois difficile, il est important d’aller jusqu’au bout du processus de réadaptation et de poursuivre vos efforts. Il arrive souvent que le rétablissement de la blessure évolue bien et que la douleur soit remplacée petit à petit par un inconfort. Le patient estime alors que son traitement est terminé et arrête progressivement de faire ses exercices.

Si vous n’allez pas au bout de votre traitement de physiothérapie, vous êtes plus à risque de vous blesser à d’autres endroits ou de déchirer à nouveau le ligament atteint. Votre rétablissement sera alors beaucoup plus complexe et vous pourriez avoir du mal à reprendre les activités que vous aimez. C’est également vrai dans le cas d’une intervention chirurgicale. Beaucoup de patients sont persuadés qu’après une chirurgie, le rétablissement est beaucoup plus rapide et efficace. C’est malheureusement une fausse croyance et vous devrez faire preuve de persévérance même après être passé sous le bistouri.

Même si c’est long et parfois difficile… ne lâchez pas !

Connaissez-vous la genougraphie ?

La genougraphie est un examen reconnu pour son efficacité et sa fiabilité dans la prévention et le traitement de certains problèmes du genou. Seulement offert en clinique privée, il permet au professionnel de la physiothérapie d’observer la mécanique de votre genou lorsqu’il est en mouvement. Il peut alors voir le mouvement intra-articulaire et déterminer s’il est déficient.

Cet examen est utilisé dans le cadre du traitement de certains problèmes afin d’observer l’évolution de la réadaptation et de s’assurer que le patient retrouvera toute sa mécanique articulaire. Il est particulièrement prisé pour diminuer les risques d’arthrose et d’usure secondaire à une mécanique déficiente comme dans le cas des atteintes ligamentaires.

 

Philippe Landry est thérapeute en réadaptation physique depuis 2009. Il commence sa carrière dans un institut de physiatrie, puis en médecine sportive. Par la suite, il s’oriente vers les douleurs chroniques, ce qui le pousse à s’intéresser davantage aux problèmes associés au genou et à développer son expertise en biomécanique du genou. Depuis 2012, il travaille au Centre du genou Équilibre où il traite une clientèle très variée. Il donne également des formations portant sur le genou (arthrose, mécanique, blessures ligamentaires, etc.) à des professionnels de la santé depuis 2015.


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